Publié le 21 décembre 2021 par Fabrice Mazoir, mis à jour le 11 octobre 2023

Exposition Arctic Blues aux Champs Libres

Voyage aux confins de l’art et de la science

Plongée sous la glace et ses puits de lumières, Groenland, 2018 © Erwan Amice/LEMAR-CNRS
Comment rendre compte de la beauté de paysages menacés ? C’est l’ambition de l’exposition « Arctic Blues », née à Brest et présentée aux Champs Libres du 18 décembre 2021 au 24 avril 2022. Une exploration à la fois scientifique et artistique pour sensibiliser les visiteurs à a fragilité des régions polaires. Une aventure immersive à découvrir à travers des photographies, des vidéos et des créations sonores dans la salle Anita Conti (entrée gratuite).

Au cœur de l’émotion des scientifiques

Présentée en 2019 aux Capucins de Brest, Arctic Blues n’est pas une exposition comme les autres. C’est une rencontre fertile entre artistes et scientifiques dans le cadre d’une mission biologique dans les régions arctiques. Pendant plusieurs années, des artistes (photographes, vidéastes, écrivains, illustrateurs, créateurs sonores et plasticiens) ont embarqué dans l’aventure pour rendre compte des émotions paradoxales ressenties face à la beauté des paysages polaires, de plus en plus menacés par le dérèglement climatique.

Plongeur de l’équipe BeBEST. Saint-Pierre et Miquelon, août 2017 © Benjamin Deroche

Pour Laurent Chauvaud, directeur de recherche en biologie marine au LEMAR, ce projet au croisement de l’art et de la science permet de sensibiliser le public autrement. A travers « un voyage dans les pratiques scientifiques, en évitant l’effet de sidération face au point de non-retour qu’on a atteint ». Car la catastrophe annoncée n’est pas dénuée de beauté. C’est tout le paradoxe des émotions ressenties par les scientifiques au fil de leurs expéditions.

Une invitation à regarder la mer

L’exposition nous plonge ainsi au cœur des missions de recherche du groupe BeBest, une équipe scientifique franco-québécoise qui chercher à percer les mystères de la vie sous la banquise. Au-delà des recherches présentées dès l’extérieur des Champs Libres dans une fresque scientifique illustrée par Julie Hascouët, Arctic Blues est un projet sensible et protéiforme. Pour la commissaire de l’exposition Emmanuelle Hascouët, l’ambition est simple : « que les visiteurs tournent leur regard vers la mer ».

« La beauté d’une catastrophe annoncée »

Glacier. Daneborg, Groenland, 2016 © Jean Gaumy/Magnum Photos

Parmi les artistes associés, le travail du photographe Jean Gaumy (membre de l’agence Magnum et de l’Institut de France, et Peintre officiel de la Marine) montre des paysages irréels et menacés, du Groenland au Spitzberg. Premier artiste invité sur ce projet, il avoue s’est « laissé porter », en s’attachant à « garder ses réflexes de prédateur : à la fois immergé, contemplatif et efficace ». Ses photos, fascinantes, font perdre tous nos repères. Dans une série en couleurs on pénètre l’intérieur d’un iceberg, un paysage à la Jules Verne qui raconte la fin d’un « continent en train de fondre ». Un peu plus loin, la ligne sensuelle d’un glacier évoque les courbes de l’Origine du Monde… En noir et blanc, le photographe saisit aussi les coulisses de la mission scientifique : les plongées à répétition sous la banquise, la glace qu’il faut creuser sans cesse…

Laurent Chauvaud remonte d’une plongée sous la banquise. Daneborg, Groenland, 2018 © Jean Gaumy/Magnum Photos

Un dôme sonore pour une immersion par la musique

En plus des photos et des vidéos, l’immersion prend un autre sens au centre de l’exposition avec un dôme sonore. A l’invitation de la Carène, salle de musiques actuelles brestoise, plusieurs artistes ont imaginé des créations sonores diffusée sous ce dôme. Un espace où on s’asseoit simplement et on écoute la série de morceaux « Sonars ». Pour Gwen Potard, directeur de la Carène, c’est un moyen de « parler d’écologie à travers la musique, un médium hyper populaire ». Parmi les artistes à qui la Carène a accordé une carte blanche, Vincent Malassis ajoute à ses morceaux une drôle de sculpture : une harpe inspirée de l’organe vocal de la langouste, évocation poétique du chant de la sirène. Une belle métaphore de cette exposition Arctic Blues qui nous attire irrésistiblement à la frontière d’un monde en train de basculer.

  • Crédit photo principale : Plongée sous la glace et ses puits de lumières, Groenland, 2018 © Erwan Amice/LEMAR-CNRS

Informations pratiques

  • Arctic Blues, du 18 décembre 2021 au 22 avril 2022 dans la salle Anita Conti des Champs Libres, 10 cours des Alliés. www.leschampslibres.fr
  • Entrée gratuite
  • Horaires : du mardi au vendredi de 12h à 19h (à partir de 10h pendant les vacances scolaires). Samedi et dimanche de 14h à 19h. Fermé le lundi et les jours fériés.
  • Accès : métro : station Charles de Gaulle ; bus : C2, 11, C1 arrêts Champs Libres / Magenta ;  Parking sous l’Esplanade Charles de Gaulle ; vélo : stations libre-service Champs Libres ou Charles de Gaulle. Accès PMR.
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