Publié le 26 mai 2026 par Martin Scavinner

La mer jamais ne s’oublie

Un écosystème fragile : la mer en cinq regards

Dans le cadre de l'exposition « Jamais la mer ne s'oublie » aux Champs Libres à Rennes, photographie d'un marin.
Christophe Vaillant, cuisinier adjoint de l'Atalante - Juliette Pavy

Dans la cadre d’Exporama – le rendez-vous estival autour l’art contemporain à Rennes – les Champs Libres présentent une nouvelle exposition au Musée de Bretagne. « La Mer jamais ne s’oublie » disait Anita Conti pour expliquer que la fragilité des océans se rappellera un jour à nous. Dans son sillage, quatre artistes livrent leurs réflexions sur la mer et les dangers qui l’assaillent aujourd’hui.

Une mère spirituelle : Anita Conti

Photographie prise par Anita Conti de deux marins sur un chalutier
© Archives de Lorient – Anita Conti

Qui mieux qu’Anita Conti pour ouvrir cette nouvelle exposition ? Pour l’occasion, les Champs Libres ont pu compter sur les Archives de Lorient, où est conservé un fond entier dédié au travail photographique de la célèbre écrivaine. Passionnée par les océans, Anita Conti a été l’une des premières à documenter les métiers de la mer, la surpêche et son impact sur les océans. L’exposition s’ouvre ainsi sur des photographies prises par la journaliste lorsqu’elle prenait la mer avec les Terres-neuvas pour pêcher la morue au large du Québec au milieu du XXème siècle. La série du chalutier Le Bois Rosé est particulièrement saisissante, illustrant le labeur des marins ainsi que leurs rares moments de repos. Entre les deux, Anita Conti capte l’élégance d’un Fou de Bassan sur une balustrade ou le reflet du ciel menaçant dans l’œil mort d’un espadon. Comme si la journaliste ne se faisait pas d’illusions sur l’avenir de la mer et des hommes qui en vivent quand elle photographie les tonnes de poissons déversées à l’arrière du bateau. Anita Conti témoigne « pour tous ceux-là qui oublièrent que la mer jamais ne s’oublie » : un pavé dans la mare dont les ondes trouvent un écho particulier aujourd’hui à Rennes.


Des artistes dans le sillage

Au Musée de Bretagne, quatre artistes poursuivent dans leur travail et dans leurs œuvres les réflexions d’Anita Conti, à travers différents médiums.

Dans le cadre de l'exposition « Jamais la mer ne s'oublie » aux Champs Libres à Rennes, photographie de mains tatouées.
Makali’i © Julie Bourges

La photographie d’abord. Avec celles de Juliette Pavy et de ses Argonautes – équipage d’une mission scientifique en Méditerranée chargée de documenter les ravages de la pollution plastique et de l’acidification des océans. Plongée dans les fonds sous-marins, la photographe saisit à l’objectif micro-organismes et macro-déchets, révélant un monde invisible ressemblant comme deux gouttes d’eau à un univers de science-fiction, mais pourtant bien réel. De son côté, Julie Bourges raconte le geste de femmes profondément liées à la mer : celui de tahitiennes perpétuant la tradition de la navigation traditionnelle grâce aux étoiles ; celui de bretonnes pêchant sur les côtes hexagonales malgré la superstition interdisant aux femmes de monter à bord d’un bateau.

Dans le cadre de l'exposition « Jamais la mer ne s'oublie » aux Champs Libres à Rennes, photographie ancienne d'un marin.
Le Marin anglais © Marine Lanier

Avec « L’Habit de naufrage », Marine Lanier aborde la mer et ses mystères par l’écriture créative. Convoquant la figure d’un capitaine de vaisseau en la personne de son arrière-grand-père, l’artiste invente un journal de bord fictif où fables et mythes se mêlent aux archives aux archives de la station biologique de Roscoff et celles du Musée Jules Verne de Nantes. Nait ainsi une œuvre fragmentaire et poétique, à travers lequel Marine Lanier raconte une histoire qui transcende la mer pour en exposer toute la magie.

Dans le cadre de l'exposition « Jamais la mer ne s'oublie » aux Champs Libres à Rennes, sculpture d'un fossile marin.
Polymastia Noletiformis © Manon Lanjouère

Pour dénoncer la disparition de la biodiversité benthique causée par les filets de pêche draguant les fonds marins, Manon Lanjouère raconte un récit d’anticipation ponctué de sculptures : les fossiles inventés de ces espèces abyssales – dont l’empreinte a été obtenue grâce à des moules de béton fait de coquilles d’huîtres broyées. Une démarche écologique que l’on retrouve également dans le film qui clôt l’exposition, dont la pellicule a été développée à partir d’un procédé à base d’algues et d’eau de mer. A l’écran, l’artiste tente, par un geste répétitif et plein d’espoir, de rappeler à la vie et à notre souvenir une mer oubliée.


Informations pratiques :

Affiche de l'exposition « La Mer jamais ne s'oublie », aux Champs Libres, à Rennes.
Visuel : © Juliette Pavy. Conception graphique : © Pollen Studio
  • Accès : Les Champs Libres – Musée de Bretagne, 10 cours des Alliés, 35000 Rennes.
  • Horaires : Lundi et jours fériés : Fermé | Mardi à vendredi, 12h à 19h | Samedi et dimanche, 14h à 19h | Petites vacances scolaires (zone B) : mardi à vendredi,10h à 19h et samedi et dimanche, 14h à 19h.
  • Tarif : Gratuit.
  • Dans la cadre d’Exporama 2026 : voir le programme.