La Grand' Chambre du Parlement

Le parquet de la Grand’ Chambre du Parlement en cours de restauration

C’est à Chavagne, dans l’Atelier de l’Art du Bois, qu’est restauré le parquet à la française de la Grand’ Chambre

En attendant de pouvoir à nouveau la visiter, la Grand’ Chambre du Parlement de Bretagne se refait une beauté. Son parquet du XVIIIème est en cours de restauration dans l’atelier de l’Art du Bois. Une menuiserie traditionnelle, installée à Chavagne depuis 1969, qui intervient sur les monuments historiques de la région. Reportage.

Quoi de plus naturel pour une menuiserie traditionnelle que d’être installée rue des Vieux Chênes ? C’est à Chavagne, à quelques kilomètres de Rennes, que l’entreprise l’Art du Bois travaille depuis plus de 50 ans les bois locaux – le chêne et le châtaignier principalement – pour redonner une nouvelle jeunesse aux menuiseries des monuments historiques. Une spécialité qui a fait sa renommée en Ille-et-Vilaine et même au-delà.

Au fil des années, la petite société qui emploie 18 personnes, s’est en effet taillée une solide réputation. Son savoir-faire, reconnu par le label Qualibat MH (pour Monuments Historiques), lui permet d’intervenir sur de nombreux bâtiments remarquables de la région rennaise : l’opéra, la préfecture de Région, la Tour Solidor à Saint-Malo, l’abbaye de Paimpont dans la forêt de Brocéliande… Récemment, c’est la porte de la cathédrale qui est arrivée dans l’atelier pour être restaurée suite à un début d’incendie.

Un parquet de « type Aremberg » datant de plusieurs siècles…

restauration du parquet de « type Aremberg »

Mais le plus gros chantier qui occupe actuellement 3 personnes, c’est la restauration du plancher de la Grand’ Chambre du Parlement de Bretagne. Un monument que l’entreprise l’Art du Bois connaît bien. Ses équipes sont déjà intervenues sur les menuiseries de la salle des assises. En 2019, l’Art du Bois a également nettoyé et repris la porte principale du palais.

La Grand’Chambre est sans doute la plus belle salle du Parlement de Bretagne. On l’admire surtout pour ses plafonds à caissons et ses décors uniques en Europe. Mais sous les pieds des visiteurs, le parquet avait bien besoin d’attention.

L'envers du parquet témoigne de l'usure du temps
L’envers du parquet témoigne de l’usure du temps

« C’est un parquet à feuilles de type Aremberg, très à la mode à Rennes à partir de la reconstruction qui a suivi l’incendie de 1720 » explique Nicolas Chanclou. « Ses panneaux sont composés d’un motif de deux losanges imbriqués et décalés à 90 degrés ». Et si sa pose est sans doute postérieure à la construction de l’édifice, le type Aremberg est une méthode de pose du parquet à la française plus ancienne que le type « Versailles » ou « Chantilly ». Ce style remonterait ainsi au début du XVIIème siècle. Même si celui de la Grand’ Chambre est difficile à dater précisément, il devenait urgent de le restaurer.

150 panneaux à restaurer : 6 mois de travail pour un puzzle géant

Le parquet de type « Aremberg » est composé de 150 panneaux

Pour ce faire, les menuisiers ont d’abord déposé les 150 panneaux représentant 170 mètres carrés de surface. Ils ont été soigneusement numérotés pour être replacés au même endroit. Chaque panneau fait l’objet d’un traitement sur mesure. « Nous essayons au maximum de conserver les éléments d’origine, quand ce n’est pas possible nous recréons les pièces trop endommagées. Tout ce qui est posé est fabriqué sur place dans notre atelier » explique le dirigeant de l’Art du Bois. La matière première se situe juste à côté, dans le bâtiment de stockage où des plots de chêne sèchent entre 5 et 12 ans avant de pouvoir être utilisés pour fabriquer et restaurer les éléments de menuiserie des monuments.

Ce patrimoine vivant doit en effet être entretenu régulièrement et restauré à l’identique avec des essences de bois qui ont pris leur temps. Et une fois la patine passée, impossible de faire la différence entre les éléments d’époque et les pièces rapportées. « Ma plus grande satisfaction quand un chantier est fini c’est de voir qu’on pense que tous les éléments sont là depuis des siècles » confie Nicolas Chanclou…

Le parquet du parlement de Bretagne
Les menuisiers essaient de conserver le plus d’éléments d’origine

Un savoir-faire local et des valeurs à partager

C’est tout le travail de la petite équipe chargée de ce chantier qui s’étale sur six mois depuis le mois d’octobre 2020 jusqu’en mai 2021. Mickaël, Roxane et Julien restaurent un à un les 150 panneaux, méthodiquement, comme un gigantesque puzzle. Et le projet de restauration de la Grand’ Chambre ne se limite pas au parquet. Le mobilier ancien fait l’objet d’un traitement à part et de nouvelles broderies et tapisseries avec un semi d’hermines ont été créées pour l’occasion par Céline Le Belz.

Au-delà du travail sur les menuiseries, l’atelier de l’Art du Bois collabore en effet avec d’autres corps de métiers, des artisans ou artistes locaux, comme des spécialistes de serrurerie et de ferronnerie anciennes lorsqu’il s’agit de redonner son lustre d’antan aux portes et fenêtres.

Un savoir-faire local qui se donne à voir lors du forum du patrimoine auquel participe volontiers L’Art du Bois, Nicolas Chanclou, « pour partager les valeurs du métier : la formation des jeunes, le respect du patrimoine et l’ancrage local ».

Nicolas Chanclou devant un panneau restauré
Nicolas Chanclou devant un panneau restauré
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