Autoinette Parrau est designer à Rennes, elle affectionne particulièrement l'architecture de la tour du Mabilay

Antoinette Parrau

La designer Antoinette Parrau ouvre les portes de son univers rennais où l’art, la mode et le design se mêlent et s’entremêlent à l’infini.

Lumière ! Un mot inventé pour Antoinette Parrau. D’abord parce qu’elle jaillit de son sourire gracieux et illumine son regard doux et malicieux ; ensuite parce que c’est sa passion et son sujet d’étude.

Rennes, entre terre et mer

Antoinette Parrau
Antoinette Parrau

Designer, elle réfléchit à la manipulation de la lumière et à sa mise en scène. Châssis lumineux, Stores à variations lumineuses… ses créations sont une invitation à se glisser dans son univers empli de poésie et d’esprit. Quand elle n’est pas dans la lumière, Antoinette Parrau imagine des bijoux délicats, chics et tendance, pour son label ParisRennes. Cette enfant de la mode – elle est issue d’une famille de couturières – a fait de Rennes son port d’attache.

Parisienne, Antoinette intègre l’École des Beaux Arts de la rue Hoche, à Rennes, en 1999. « Je pensais repartir une fois diplômée, en 2004, mais j’ai rencontré Erwan (son compagnon, également designer), alors finalement je suis restée… Pour lui, mais aussi parce que la ville nous a gardés ! Un atelier-logement, une bourse, une allocation de recherche… Tout cela m’a permis de fouiller des pistes créatives ».

Comme un quartier de Paris …

« Je me suis rapidement fait un cercle d’amis et un réseau professionnel. Rennes permet cela : il y a une vraie proximité humaine, très agréable, en fait c’est comme un quartier de Paris ! J’ai d’ailleurs gardé de ma vie parisienne mes habitudes de piétonne et de cycliste, et partir bosser à vélo, en longeant la Vilaine, c’est top ! Se balader vers Saint-Hélier et découvrir les Moulins, en pleine ville, continuer plus loin pour suivre la balade des Bonnets Rouges et découvrir les sculptures de Dewar et Gicquel, le lapin, la poule, le dindon et l’oie, c’est vraiment beau ! Comme dans le film de Renoir, « Une partie de campagne », il y a la nature au bout de la ligne de métro, et plus encore, il y a la plage et la mer au bout du train, à Saint-Malo ».

… où l’on respire

Antoinette est tombée sous le charme de Rennes en voulant simplement prendre ses distances avec Paris, où elle se sentait asphyxiée. « Ici j’ai de l’espace, je respire ! J’ai au-dessus de la tête un ciel qui bouge, je sens le vent et j’entends les mouettes. Rennes est entre terre et mer. Tout en étant en ville, il y a quelque chose d’océanique, un climat qui me convient, beaucoup de confort ! »

Parisrennes

Un dimanche de 2011, Antoinette s’amuse avec des chutes de chaînes plaquées or. Par hasard, elle crée un collier… Ni joaillière ni artisan d’art, elle va appliquer son travail de designer à la création de bijoux. « J’ai entrepris de chercher les bons matériaux, le geste minimal… il y a beaucoup d’assemblage, d’astuces. Je travaille le polyamide, un fil coloré résistant, associé à une chaîne fine plaquée or, à des pierres semi-précieuses ou à une perle de culture japonaise, Akoya. En 2012, j’ai lancé mon label, ma maison d’édition, ParisRennes. Mes collections ParisRennes sont les hôtes de la nouvelle vitrine du Musée des Beaux Arts dédiée aux créateurs bretons ».

Art contemporain et lieux innovants

Rencontres d’artistes

Sans surprise, les « lieux chéris » d’Antoinette Parrau sont des repaires d’artistes. « 40mCube c’est ma bouffée d’oxygène ! Le tissu culturel rennais repose sur eux, ils sont ouverts sur le monde, ils rompent avec l’image de l’art contemporain replié sur son nombril. Ils amènent du monde à Rennes, on y fait des rencontres, ça fait du bien ! ». Anne Langlois, co-fondatrice et co-directrice du lieu confirme ce lien : « Antoinette nous suit dans tout ce qu’on fait et inversement. Elle fait partie du noyau de créateurs avec lesquels nous échangeons ». Et puis il y a aussi Lendroit Edition de Mathieu Renard « Sa démarche et son travail m’intéressent beaucoup. C’est à la fois une galerie, une librairie, une maison d’édition… Un espace peu commun. Il prend des risques pour mettre en avant des artistes, c’est rare ». Ainsi, c’est ici que l’inauguration de la Biennale d’art urbain Teenage Kicks s’est déroulée, et que Patrice Poch, son co-fondateur, a posé un instant ses bombes de peinture et ses pochoirs.

Le phare de Rennes

Parmi ses autres lieux de prédilection, Antoinette nous mène jusqu’au Mabilay, édifice qui surplombe la Vilaine.
« Ancien centre de télécommunication, ce bâtiment semble sorti d’une fiction futuriste des années 80. Une vision renforcée par la mise en lumière de l’artiste Bruno Peinado, dont j’adore le travail. C’est un créateur libre, enjoué, généreux qui entraîne avec lui toute sa tribu dans son flux. L’antenne dorée du Mabilay est devenue un phare urbain qui émet un message codé en morse et les vitres s’illuminent par ondulations, c’est comme une respiration et le rappel des ordinateurs en travail nocturne, c’est magnifique ». La dernière étape d’Antoinette est à Vivarium, une association mutualisée d’artistes où elle a posé ses lumières et ses outils. « J’ai eu l’opportunité d’avoir un atelier à Vivarium. Je l’ai saisie ! »

Antoinette Parrau

Lendroit édition

Un espace unique en France

« In print we trust », tel est le mot d’ordre de Mathieu Renard, fondateur de l’association Lendroit Edition. Un espace unique en France puisque à la fois galerie, librairie et maison d’édition d’arts imprimés. Niché à l’abri du Cinéville, Place du Colombier, cet ovni culturel et artistique est ouvert à tous. « Nous avons souhaité qu’il soit chaleureux et surtout pas sacralisé comme peuvent l’être certaines galeries », sourit le maître des lieux. Car Mathieu Renard est ainsi, un brin anticonformiste et très ouvert sur le monde, avec des choix résolus et authentiques, comme, par exemple, celui d’être ici : « C’est une volonté d’être à Rennes, par rapport à tout ce qui s’y fait, tout se qui s’y passe ».

Très sollicité, il n’hésite pas à prendre des risques, attaché qu’il est à sa ligne éditoriale : produire ce qu’il aime, avoir un vrai contact avec les artistes, expérimenter autour de l’imprimé, diffuser et promouvoir l’art. Sa sélection compte 200 références : « Notre catalogue est très éclectique, varié mais cohérent, et l’envie de le faire découvrir au public est forte ». Il s’interroge en outre sur le statut des œuvres d’art : doivent-elles être signées, numérotées ou en série ? Prennent-elles alors de la valeur ou en perdent-elles ? Pour Mathieu Renard il faut qu’elles vivent, que chacun puisse se les accaparer, « Je propose d’ailleurs aux gens de m’envoyer les photos des œuvres qu’ils ont achetées, installées chez eux, j’ai appelé ça « Our prints in your place / Nos publications chez vous », j’en ferai un livre un jour… ».

Le Colombier à Rennes
Le Colombier à Rennes
vivarium

Vivarium

L’art mutualisé

En sortant de l’école, Damien Marchal et Jean-Benoit Lallemant, ont eu envie de créer un lieu de travail autonome – hors financements publics – dans lequel les artistes mettraient en commun savoir-faire, matériel, outillage. Leur association, Vivarium, est devenue un atelier d’artistes mutualisé installé dans la zone industrielle de la Route de Lorient. Là, ils ont transformé une plate-forme de 300 mètres carrées avec l’aide d’entrepreneurs mécènes, dont la marque Sulky. Vivarium abrite – outre ses fondateurs – Antoinette Parrau, Angélique Lecaille, Briac Lepretre et un duo de jeunes artistes en résidence, Mélanie Villemot et Robin Garnier-Wenisch. « Il est essentiel pour un artiste d’avoir une implantation sur un territoire, une ouverture à l’autre, d’expliquer sa démarche de travail. Vivarium a toujours fonctionné ainsi. Cela permet de casser l’image de l’artiste enfermé dans son monde. Aujourd’hui l’artiste plasticien a une petite entreprise à faire tourner, un statut fiscal et social. Il répond à des codes, suit des règles et s’il ne joue pas le jeu, il ne peut pas répondre à des commandes publiques… », note Angélique Lecaille. Depuis deux ans, Vivarium développe des actions en ce sens. Ainsi le projet Imago vise à ouvrir l’atelier à la résidence d’artistes européens, à intégrer de jeunes artistes pour lesquels ce n’est pas toujours évident au début, pour construire des échanges, avoir plus de visibilité, créer du réseaux, dynamiser le lieu.

Patrice Poch

Il déploie peu à peu son art avec de nouvelles techniques, il voyage, fouille dans les archives de photographes et de particuliers et continue aujourd’hui de mettre en lumière cette époque chérie, notamment au travers de collages. Ces acryliques sur papier échelle 1 (à taille réelle) brossent d’anciens musiciens et se placardent au coin d’une rue, surgissent à l’angle d’un boulevard, se dissimulent au fond d’une impasse. Ils apostrophent le badaud, interpellent le piéton, lui soufflent le souvenir d’une période où tout, ou presque, était permis. Des œuvres volontairement éphémères.

Patrice Poch à Rennes
Patrice Poch à Rennes

Poch est l’une des figures de l’underground rennais, même s’il s’en défend, fuyant la notoriété et se méfiant des superlatifs. Et parce qu’il fait « ce qui lui plaît », qu’il « fonctionne à la passion », il édite aussi des disques avec son label Poch Records, co-organise la Biennale d’art urbain Teenage Kicks et, dès qu’il le peut, reforme les groupes de l’ère punk-rock pour des concerts uniques.

Fascinante architecture rennaise

Antoinette Parrau - Rennes
Antoinette Parrau – Rennes

« J’ai découvert ici plusieurs bâtiments surprenants, comme la Barre Saint-Just, typique du début des années 70, elle me rappelle les stations balnéaires. Il faut aussi aller voir le travail de Martenot et notamment l’Orangerie et les serres du Thabor lesquelles abritent une galerie. Et bien sûr, on ne voit pas Rennes sans lever les yeux pour découvrir les mosaïques d’Isidore Odorico ! Il y en a à la Piscine Saint-Georges – pur chef d’œuvre Art Déco, au passage – sur la fascinante façade de la loge maçonnique du 24 rue Thiers, et puis rue Joseph Sauveur et avenue Janvier ».

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