Les Horizons plus haut gratte-ciel rennais

L’architecture de Georges Maillols

Des Horizons à la Barre Saint-Just, Maillols a redessiné Rennes

Les tours des Horizons, la Caravelle, la Barre Saint-Just… ces immeubles emblématiques de Rennes sont tous signés du même architecte : Georges Maillols. Une personnalité qui a marqué son empreinte dans la ville avec des immeubles futuristes et innovants. Tour d’horizon de ses principales réalisations.

Influencé par Le Corbusier, Niemeyer et le Bauhaus

Il y a 50 ans, l’architecte Georges Maillols (1913 – 1998) signait ce qui allait devenir l’un des symboles de la skyline rennaise : les tours jumelles des Horizons, le monument le plus instagramé de la ville, juste devant le Parlement de Bretagne.

les tours jumelles des Horizons
Destination Rennes – Johann Réhel

Erigées en un temps record, elles n’ont pas pris une ride et résument le génie de l’architecte : des lignes originales, des techniques de construction révolutionnaires et une vision pionnière de ce que doit être une tour d’habitation. Influencé par des architectes comme Le Corbusier, Franck Lloyd Wright et Oscar Niemeyer, on retrouve dans le « style international » de Maillols un côté géométrique inspiré du Bauhaus.

Au total, l’architecte a signé pas moins de 140 bâtiments dans la capitale bretonne, en majorité des immeubles d’habitation. Avec 11478 logements réalisés à Rennes, la patte de Georges Maillols se reconnaît au premier coup d’œil, à chaque coin de rue. Plus qu’un architecte de la reconstruction, il est surtout l’architecte de la période des Trente Glorieuses à Rennes. Pourtant, rien ne le destinait à faire de Rennes un laboratoire architectural. Il y est même arrivé un peu par hasard…

Après des études aux beaux-arts de Paris où il décroche son diplôme d’architecte en 1943, il part d’abord travailler à Laval chez l’architecte Léon Guinebretière. Une opportunité se présente alors à Rennes avec la possibilité de racheter le cabinet d’architecte Couasnon, dont le dirigeant vient d’être nommé architecte des bâtiments de France.

Son premier coup de génie : la tour du quai Richemont

« Il débarque dans une ville abimée par la seconde guerre mondiale où des milliers de logements sont à reconstruire et à restaurer » raconte Philippe Bohuon adjoint à l’animateur de l’architecture et du patrimoine à l’office de tourisme. Peu de temps après son arrivée en Bretagne, Maillols achète un terrain marécageux dont personne ne veut, quai Richemont, sur les bords de la Vilaine. Il affirme alors vouloir y construire l’immeuble le plus haut de Rennes. « A l’époque, tout le monde le prend pour un fou » ajoute le spécialiste de l’architecture rennaise. Sauf que Maillols a un atout majeur en main pour gagner son pari : son oncle belge, Edgard Frankignoul, a déposé un brevet pour un nouveau système de fondation sur pieux en béton armé. Une technique connue de Maillols qu’il compte bien utiliser sur son premier chantier rennais. Grâce à ce système de pilotis, entre 1951 et 1954, il fait élever sans problème au 14 quai Richemont, un immeuble de onze étages, le plus haut de Rennes. Un bâtiment qu’on appelle désormais la « Tour Maillols ». Au grand étonnement des Rennais qui s’attendaient à ce que le château de cartes s’écroule à tout moment…

« Ce premier coup de génie a fait sa renommée bien au-delà de Rennes. Et déjà on sent poindre la caractéristique du style Maillols : faire entrer la lumière dans les appartements et jouer sur la géométrie de la façade. Avec des bow-windows dans les angles et seulement deux appartements transversaux par étage, les logements sont baignés de lumière, au bord de la Vilaine, c’est du jamais vu » détaille Philippe Bohuon.

Il décroche une étoile pour la poser sur le campus de Beaulieu

Une première fondation réussie grâce à des techniques nouvelles, dans une ville de province comme Rennes où personne ne pensait cela possible… les demandes affluent alors pour le jeune architecte. Il dessine ensuite des logements d’urgence, comme le Grand Bleu dans le quartier de Cleunay et devient avec Louis Arretche un des architectes de la reconstruction. « Arretche est plus connu que Maillols à l’époque, il est en charge de la reconstruction de Saint-Malo, signe le quartier du Colombier et les campus de Rennes, la Tour de France Telecom (le Mabilay). Il confie à Maillols le restaurant universitaire du campus de Beaulieu. C’est un deuxième coup de génie : il imagine pour les étudiants un restaurant en forme d’étoile pour un coût imbattable en utilisant encore une fois une technique nouvelle avec une structure en lammelé-collé qui n’avait jamais été employée à cette échelle-là ».

« Quand la fonction détermine la forme »

Chantier de l'Etoile restaurant universitaire du campus de Beaulieu
Collection du Musée de Bretagne

Encore aujourd’hui, peu d’étudiants savent à quel point leur restaurant universitaire a un côté révolutionnaire. Maillols y a appliqué les principes de l’architecture fonctionnaliste. C’est « la fonction qui détermine la forme » en étoile pour permettre de faire manger en même temps 1000 étudiants sans que les plats n’aient le temps de refroidir. D’où la forme en étoile particulièrement adaptée, avec la cuisine au centre et les salles réparties autour et dans les angles.

Ce sens pratique, il l’appliquera de la même manière en inventant des logements originaux. Comme les maisons Tournesols, un lotissement de maisons individuelles en forme d’escargot où la disposition des maisons et des jardins sur les parcelles sont pensées pour qu’au moment de l’apéro, il n’y ait aucun vis-à-vis sur les verres du voisin. En architecture comme dans d’autres domaines, « le diable est dans les détails » et un épicurien bon vivant comme Maillols, fumeur de pipe et amateur de puissantes berlines, n’en négligeait aucun. Et c’est ce qui fait que ses réalisations sont à ce point photogéniques : la forme et l’usage se fondent pour créer un style différent.

Le quartier de Bourg-l’Evêque… laboratoire architectural à ciel ouvert

Après ces premiers succès architecturaux, une nouvelle page s’ouvre pour l’architecte. Henri Fréville, le maire de Rennes, fait appel à lui pour une grande opération d’urbanisme : le quartier de Bourg l’Evêque devenu totalement insalubre est rasé, les cours d’eau sont comblés et des activités industrielles malodorantes sont fermées. L’architecte a carte blanche pour redessiner entièrement un nouveau quartier aux portes du centre historique. Et là encore Georges Maillols va faire preuve d’une grande audace. Il dessine la majorité des nouveaux immeubles d’habitation qui se répondent tous avec des formes différentes : l’horizontalité de la Caravelle (1969) contraste avec la verticalité des Horizons (1970). Juste derrière l’Armor (1973) forme un pont au-dessus de la route qui conduit aux Cristales (1972), un ensemble d’immeubles marqué par une recherche géométrique originale. Le Belvédère (1973) fait aussi partie des tours d’habitations originales avec ses 21 étages et ses façades graphiques, de même que le Trimaran (1977) avec son jeu de balcons en forme de prismes.

Le point commun entre les réalisations de Maillols, on le découvre quand on pénètre à l’intérieur des logements où la recherche de la lumière et de l’espace sont constantes : Georges Maillols avait anticipé et même prévu que les balcons se transforment en vérandas et que les studios d’étudiants des Horizons puissent être réunis pour former des appartements de plus grande surface, simplement en abattant une cloison…

Les Horizons premier gratte-ciel d’habitation en France

Destination Rennes – Franck Hamon

Dans ce quartier c’est évidemment la Tour des Horizons qui marque le plus les esprits et attire les regards. Par sa forme, sa hauteur de près de 100 mètres… et la rapidité du chantier. Car Georges Maillols a encore misé sur une technique complètement nouvelle : un procédé de préfabrication en béton qui permet de monter un étage par semaine. Le chantier pharaonique impressionne et fait la fierté des Rennais en 1970. Les Horizons, ces tours siamoises (ou tours jumelles ?) constituent alors le premier immeuble de grande hauteur (IGH) à usage d’habitation érigé en France. Un modèle pour les autres tours qui suivront dans le pays. Culminant à 96 et 99,5 mètres, les deux tours dépassent de quelques mètres la tour de l’Eperon du Colombier (1975) dessinée un peu après par Louis Arretche. Les Horizons, avec ses 32 étages, sont donc encore aujourd’hui, la construction la plus haute de la ville.

Tour à tour « tours jumelles », « tours siamoises », « tour d’ivoire »…

Inspirées par les tours en épi de maïs de Chicago construites quelques années plus tôt, elles se distinguent par des formes en ellipses harmonieuses et des appartements très lumineux avec de grandes terrasses qui dominent la ville et la campagne environnante. L’écrivain Milan Kundera y a même élu domicile pendant son exil breton. Une tour d’Ivoire d’où il imaginait peut-être apercevoir à l’horizon, son pays natal. Le plus surprenant dans sa forme est qu’on peut en admirer ses courbes de l’extérieur, comme de l’intérieur. Sous tous les angles, la géométrie des ces tours apparaît différente, vertigineuse et on les aperçoit de partout. C’est un repère de l’horizon rennais, une réalisation iconique de l’architecte.

La Barre Saint-Just : une pyramide avec des jardins suspendus

Destination Rennes – Johann Réhel

Mais c’est loin d’être le seul immeuble de Maillols qu’on aime admirer. Un an avant les Horizons, en 1969, l’architecte invente une nouvelle forme dans le quartier chic de Rennes, à deux pas du jardin du Thabor et du Boulevard de Sévigné : la Barre Saint-Just. Une pyramide monumentale où les logements sont encore très prisés, un demi-siècle après sa construction. Là encore, Maillols joue sur la forme. La pyramide permet de créer des logements au calme, en retrait de la rue, les auvents servent à la fois à faire passer des gaines de ventilation et projeter des ombres sur les immenses terrasses-jardins. Des jardins suspendus où on peut bronzer tranquille, sans être vu par ses voisins.

A Rennes, Georges Maillols a construit une architecture avant-gardiste qui s’étale sur les décennies 1950-1960-1970. « Un architecte des Trente Glorieuses » résume Philippe Bohuon. « Avec des projets novateurs dès ses débuts, il a réalisé des logements pour tous : du logement social, en passant par du logement de standing et des maisons individuelles en essayant toujours d’apporter de l’espace, de la lumière et une esthétique futuriste ».

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