Affiche de l'exposition Bretagne Express du Musée de Bretagne

Bretagne Express

Une exposition sur l’aventure ferroviaire dans l’Ouest

A l’occasion de l’arrivée de la Ligne à Grande Vitesse (LGV) à Rennes, qui mettra la capitale de la Bretagne à 1h25 de Paris à partir de mai 2017, le Musée de Bretagne propose une nouvelle exposition ethnographique et historique sur l’arrivée du chemin de fer dans la région. Une aventure humaine qui a révolutionné la vie des habitants et bouleversé les transports. Retour sur une avancée technologique, richement illustrée de nombreux objets, témoignages et documents photographiques.

Une histoire d’hommes et de machines

Du 20 octobre 2016 au 27 août 2017, le Musée de Bretagne présente aux Champs Libres, sur 600 mètres carrés, une exposition exceptionnelle consacrée à l’histoire du chemin de fer en Bretagne. Une aventure épique, depuis l’arrivée du train à Nantes en 1851, jusqu’à l’entrée en gare du TGV à Rennes en 1989. L’histoire, non pas d’une conquête de l’Ouest, mais d’une ouverture de la Bretagne sur le reste du monde, qui a permis de dynamiser la région, à la fois au niveau économique et touristique.

« Aujourd’hui, il est encore difficile d’imaginer la dimension des chantiers de l’époque et à quel point le chemin de fer a bouleversé la vie quotidienne des Bretons » explique Laurence Prod’homme, Conservatrice du patrimoine au Musée de Bretagne. « L’exposition Bretagne Express s’attache justement à raconter les différents tracés et les épisodes qui ont émaillé l’arrivée du chemin de fer ».

La Bretagne « oubliée » par le rail en 1842

Une histoire qui commence mal pour les Bretons : en 1842, la Bretagne est purement et simplement oubliée par le tracé initial des chemins de fer. Sans doute à cause du « caractère excentré » de la région, mais plus simplement pour des questions de priorités économiques.

« A l’origine, le chemin de fer a été créé pour transporter des marchandises, le train desservait donc en priorités les pôles industriels, comme le Nord et l’Est de la France liés à l’acier et au charbon » rappelle la conservatrice du musée. Le chemin de fer entrait également en concurrence avec l’aménagement des canaux, entrepris depuis près d’un siècle. Un autre grand chantier, comme le canal de Nantes à Brest, a d’ailleurs fait les frais du choix politique en faveur du chemin de fer. Car ce sont bien les personnalités politiques qui ont milité pour que le chemin de fer pousse un peu plus à l’Ouest…

Plus efficace et plus rapide que les voies navigables, le train offrait en outre la possibilité d’embarquer des passagers. Le choix du rail s’impose donc dans ce qui va être un projet de longue haleine, un chantier étalé sur plusieurs décennies.

Un premier tracé en « pince de homard »

La compagnie de l’Ouest commence par desservir la Normandie, pour acheminer les produits agricoles et, déjà, les premiers touristes. Des Parisiens parmi les plus fortunés, désireux de venir prendre l’air en bord de mer. Le train arrive à Rennes en 1857, six ans après avoir stoppé en gare de Nantes.

Plusieurs compagnies se partagent alors les lignes, jusqu’à la fusion dans la SNCF en 1938. La compagnie du Paris-Orléans dessert la Côte Atlantique vers Bordeaux et La Rochelle, en passant par Nantes où le chemin de fer est arrivé en 1851. Une voie prolongée ensuite jusqu’à Lorient et Quimper.

De son côté, la compagnie de l’Ouest, trace sa route au Nord de la Bretagne passant par Rennes pour mener jusqu’à Saint-Malo, Saint-Brieuc et Brest. Entre ces deux principaux tracés qui forment une « pince de homard », les chemins de fer d’intérêts locaux se chargent de mailler le reste du territoire et de tirer des trajectoires dans toute la région.

Au final, si la Bretagne a été desservie tardivement, elle a bien rattrapé son retard depuis en devenant une des régions les mieux desservies au niveau local. Déjà à la fin du XIXème siècle, la Bretagne a été innervée de nombreux tracés, dont la durée de vie était parfois limitée à 20 ans et la rentabilité assez aléatoire. Ces compagnies circulaient sur des voies uniques, installées directement sur les routes pour des raisons de coûts. Des tracés que les grandes compagnies ne pouvaient pas toujours utiliser car l’écartement de leurs rails étaient parfois différents. Ce qui a considérablement compliqué les dessertes. Les lignes sont terminées avant la Première Guerre mondiale vers 1909-1906, à l’aube d’une nouvelle révolution du transport : l’arrivée de l’automobile.

Des débats et des conflits qui déraillent

L’aménagement des voies de chemin de fer s’est tout de même heurtée à une forte opposition et à des débats épiques…

« Les débats de l ‘époque sont assez similaires à ceux contemporains autour de la LGV, un grand projet lui aussi programmé depuis les années 1970. Les élus et notables prêchent pour que leurs paroisses soient desservies et que le chemin de fer ne s’arrête pas aux Portes de la Bretagne » détaille Laurence Prod’homme.  En 1858, la visite de l’Empereur Napoléon III réaffirme cette volonté que le train desserve Rennes et toute la Bretagne.

Même l’Eglise était contre l’arrivée du chemin de fer

Mais les coûts d’expropriation sont contestés, chaque arrêt est discuté, négocié, on monte les grandes villes contre les campagnes, le centre Bretagne se sent oublié : les enjeux d’aménagement sont déjà très présents et sont récurrents encore aujourd’hui. Des voix s’élevaient déjà contre la pollution des locomotives à vapeur, et même l’Eglise était contre l’arrivée du chemin de fer. Les autorités religieuses redoutaient en effet que les wagons et les gares ne deviennent des lieux de débauche. Une complainte du progrès qui n’a pas duré longtemps, l’Eglise ayant vite été convaincue de l’intérêt du chemin de fer. 

Discussions sans fin sur l’emplacement des gares

Une fois le tracé arrêté, c’est l’implantation des gares qui alimente les débats. « Des discussions sans fin ont lieu sur l’emplacement des gares, notamment à Rennes, à Brest et à Saint-Brieuc où les élus locaux et les ingénieurs des Ponts et chaussées ne sont pas d’accord » indique Daniel Bonifacio, co-commissaire de l’exposition. « A Rennes, les ingénieurs ont eu le dernier mot avec une implantation dans un quartier qui paraissait « en plein champ » à l’époque ». L’Histoire a montré qu’ils ont eu raison d’anticiper le développement urbain de Rennes. A Brest et Lorient, les choix n’ont pas été les mêmes avec des gares qui tournaient le dos à la ville pour être mieux connectées aux ports. « Les gares étaient alors construites en bois, de façon à pouvoir être rapidement démontables. Dans un contexte de guerre, il était en effet vital de pouvoir couper l’accès aux arsenaux des envahisseurs potentiels »

Le chemin de fer, une artère qui nous paraît si stable aujourd’hui était en fait en mouvement permanent, y compris pendant la Deuxième Guerre Mondiale où les Américains, créaient, aménageaient ou détournaient des voies pour transporter des tanks et du matériel militaire.

Quand l’arrivée du train est une fête

L’exposition retrace aussi les festivités qui marquent l’arrivée du chemin de fer. « A chaque fois, le rituel est immuable avec la bénédiction des locomotives, puis les discours des personnalités religieuses et politiques, en présence des ministres chargés des transports, le maire de la ville et le directeur de la compagnie » raconte Laurence Prod’Homme. « Les fêtes s’étalent pendant deux jours avec des feux d’artifice et des animations. On a du mal à imaginer ce que l’arrivée du chemin de fer représentait pour les Bretons en termes de confort de transport, même si le trajet pour aller à Paris durait près de 16 heures !». On est loin des 90 minutes de la LGV qui sera inaugurée en mai 2017.

« Le temps est une notion relative, mais par rapport au transport hippo-mobile, le gain de temps était considérable. Avec l’électricité, le chemin de fer est véritablement LA Révolution du 19ème siècle » estime la Conservatrice du musée.

Affiche Bretagne Express

L’Essor du tourisme dans l’Ouest

Le chemin de fer révolutionne le transport des marchandises, en particulier des produits agricoles bretons, comme le beurre qu’on ne pouvait pas transporter auparavant. Il est utilisé par des touristes et des habitants qui l’empruntent pour aller travailler, se rendre sur des marchés avec des animaux. Le train favorise même l’exode massif des Bretons vers la capitale. Le chemin de fer donne aussi du travail à plusieurs générations d’ouvriers, d’abord pour la pose des voies, et dans les ateliers de Rennes, devenu Technicentre, qui se sont spécialisés dans les organes de freinage. Le chemin de fer abolit le temps et l’espace en Bretagne.

L’exposition Bretagne Express illustre bien ce « gain de temps » à travers l’histoire de plusieurs personnages, des voyageurs et des professionnels des compagnies ferroviaires. Avec une multitude de métiers et une hiérarchie très complexe, depuis les personnes qui travaillaient durement sur les voies aux employés de bureau. Un fil rouge qui retrace l’aventure humaine qu’a représenté le développement du chemin de fer en Bretagne au travers d’objets et de souvenirs.

Des affiches pour séduire les touristes

Avec l’essor du tourisme, d’innombrables affiches sont créées pour séduire une clientèle de plus en plus diverse. Pornic, Saint-Malo et Dinard deviennent des destinations prisées et leur attractivité participe au développement du chemin de fer. « Même avant les congés payés, les commerçants et la bourgeoisie séjournent en bord de mer. L’affiche a été le principal vecteur pour vanter les billets de bains de mer, les billets de famille. De grands affichistes ont été sollicités pour les réaliser » signale Laurence Prod’homme. D’autres objets ont servi de support publicitaires : des éventails et des marques-pages fabriqués à plus de 10000 exemplaires par les imprimeries Oberthür sont  aujourd’hui très recherchés par les collectionneurs.

Les séjours d’agréments étaient alors de longue durée parfois plusieurs mois, un autre rapport au temps libre par rapport à des courts-séjours et des week-ends en Bretagne apprécié des touristes d’aujourd’hui.

Une révolution du paysage

Le chemin de fer constitue enfin une révolution du paysage aussi avec des ouvrages d’art pour faire passer le chemin de fer « On croit à tort qu’il n’y a pas beaucoup de relief en Bretagne, dans les Côtes-d’Armor beaucoup de vallées encaissées ont nécessité la construction de viaducs en métal, réalisés pour certains par Louis Harel de la Noë » ajoute Daniel Bonifacio.

Une révolution qui n’aurait pas eu lieu sans les « forçats du rail » qui ont construit les premières lignes. Les métiers étaient très physiques et les moyens matériels n’étaient pas ceux d’aujourd’hui. C’est ce que montre l’exposition à travers les photographies anciennes d’échafaudages invraisemblables montés pour construire des ouvrages d’art.

La locomotive, véhicule de l’imaginaire

Dernière dimension explorée par l’exposition Bretagne Express : la fascination pour le voyage. Le chemin de fer a inspiré des générations d’écrivains et de réalisateurs de cinéma, comme dans la Bête Humaine ou de nombreux autres films dont on peut voir des extraits au Musée. Le cinéma, une innovation quasi-contemporaine au chemin de fer s’est immédiatement emparé du train, traité comme un personnage à part entière.

Fascination de la vapeur

Au-delà des films et de la littérature, le chemin de fer exerce une réelle fascination depuis son arrivée. Une forme d’idéalisation du progrès et de la machine assez ambivalente selon la conservatrice du musée. « Dans la littérature et le cinéma, le train à vapeur dégage un certain romantisme, avec un lien très fort entre le mécanicien, le chauffeur et leur locomotive, souvent représentée comme une femme ». Encore aujourd’hui, les passionnés de l’histoire ferroviaire sont fascinés par la poésie et la mythologie autour du train à vapeur. Alors qu’à l’époque, les cheminots travaillaient dans un environnement très bruyant et salissant… Qu’importe ! La nostalgie des débuts du chemin de fer alimente une vision subjective de l’aventure ferroviaire qui emprunte des voies multiples.

L’exposition s’achève d’ailleurs avec le « train des rêves » où les visiteurs pourront s’exprimer, dessiner, écrire sur de grandes ardoises pour raconter leur propre histoire, et ce que représente le chemin de fer pour eux. Le « train du rêve », un autre rapport au temps qui passe…

#LGV1H25 : les autres rendez-vous à suivre 

« Bretagne Express » est la première étape d’un projet global des Champs Libres autour de l’arrivée de la LGV et de la question de la vitesse. L’exposition du Musée de Bretagne sera ainsi suivie du 18 janvier au 30 avril 2017 par un cycle de Rencontres, débats et ateliers autour du thème « Envie de ralentir » avec la bibliothèque, d’une nouvelle exposition de l’Espace des Sciences sur la Grande Vitesse (du 2 avril 2017 au 7 janvier 2018) et d’une autre exposition de 5 artistes inspirés par l’imaginaire ferroviaire, « Tous les Trains sont des horloges (du 2 avril au 3 septembre 2017. Autant d’événement à suivre sur les réseaux sociaux grâce au hashtag #LGV1H25

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