Musée de Bretagne, Collection Arts graphiques

Les Frères Géniaux au Musée de Bretagne

Une exposition fait revivre les pionniers du photoreportage

Charles et Paul Géniaux… leur nom ne vous dit peut-être rien : les deux frères nés à Rennes sont pourtant les pionniers du photojournalisme. Le Musée de Bretagne fait revivre leur parcours photographique à travers une exposition à voir du 18 octobre 2019 au 26 avril 2020.

« La photographie, un destin »

Les voyages forment la jeunesse… la formule s’applique particulièrement aux frères Géniaux. Considérés comme les pionniers du reportage de presse, Charles et Paul ont pu aiguiser leur regard dès leur enfance. Dans cette famille aisée, la photographie a déjà sa place, et s’ils sont habitués très jeunes à se faire tirer le portrait, les frères Géniaux vont surtout s’employer dans un nouveau genre : le photojournalisme.

Issus d’un milieu bourgeois, ils naissent dans les années 1870 à Rennes et déménagent régulièrement au fil des affectations de leur père, médecin militaire : de Rennes, à la Corse en passant par l’Algérie. C’est là que Charles, l’aîné va d’ailleurs s’initier à la photographie dans les années 1884-1886.

A son retour en Bretagne en 1886, il fait partie des fondateurs de la Société Photographique de Rennes et crée avec son frère Paul, Bretagne Revue, dans laquelle ils publient leurs photographies. Pendant toute leur carrière ils n’auront de cesse de publier leurs photos dans la presse, un témoignage d’une époque en plein bouleversement avec un regard très actuel. Car au-delà des thèmes récurrents dans leur travail, ce qui marque dans les images des frères Géniaux c’est « la proximité avec les gens photographiés, une forme d’empathie avec le sujet et surtout un grand sens de la construction » explique Laurence Prod’homme, commissaire de l’exposition et conservatrice au Musée de Bretagne.

Leur sujet de prédilection : les petits métiers et la vie quotidienne

C’est en Bretagne qu’ils vont exercer leur œil autour de l’observation des scènes de rue, de la vie quotidienne, des petits métiers et des paysages : leurs portraits des chiffonniers, des forts des halles, des marchés aux fleurs ou aux oiseaux forment un fil conducteur de leur travail photographique dont l’exposition du Musée de Bretagne dresse un panorama très complet, couvrant la période 1890-1920.

Une partie de l’exposition du Musée de Bretagne est d’ailleurs consacrée à leur sources d’inspiration en Bretagne : notamment le Morbihan où la famille possédait une maison et où ils ont passé leurs vacances. Mais leur parcours photographique dépasse largement les frontières bretonnes, les frères Géniaux sont en effet, comme beaucoup de Bretons, de grands voyageurs.

A la recherche du fonds photographique perdu

C’est Paul le cadet qui le premier « monte à Paris » en 1896. Son frère Charles le rejoint deux ans plus tard. Moins connu que Charles, Paul se focalise sur les métiers féminins et commence à faire des photos de mode : les premières du genre prises lors des courses hippiques où les mannequins d’alors venaient prendre la pose aux courses. Des images conservées aujourd’hui au Musée des arts décoratifs et au Musée Carnavalet de Paris. La production des frères Géniaux dont une partie est montrée dans le cadre de l’exposition est conservée dans de nombreux autres musées : au Musée d’Orsay, au MuCEM de Marseille et au Musée de Bretagne dont le fonds photographique compte au total 400.000 négatifs et près de 13.000 tirages. Une source documentaire considérable qui est progressivement mise en ligne et partagée sur le site des collections du Musée de Bretagne.

Pour dresser le portrait des frères Géniaux il a fallu également mener une véritable enquête de détective. Outre les fonds conservés dans les musées, les descendants ont aussi largement contribué à la réalisation de l’exposition en prêtant des clichés et négatifs qui ont permis de refaire des tirages grand format. Même les habitants de l’ancienne maison de la famille Géniaux ont apporté leur pierre à l’édifice avec des négatifs. La belle-fille de Charles Géniaux a de son côté fait la découverte d’une malle entière remplie de correspondances. Des lettres qui viennent apporter un éclairage inédit sur le parcours des frères photographes et leur histoire familiale.

Pourquoi sont-ils tombés dans l’oubli ?

Malgré l’acuité de leur regard, les frères Géniaux sont un peu tombés dans l’oubli. D’abord parce qu’à l’époque, les photographies publiées dans la presse étaient rarement signées. Ensuite, parce que leur travail photographique a été éclipsé par l’activité littéraire de l’aîné. A l’époque, Charles est en effet plus connu pour son travail d’écriture : il publie une quarantaine de romans et est même distingué par le Prix de Rome et le Prix de l’Académie française. Si ses récits, parfois inspirés par ses voyages en Tunisie et au Maroc, sont aujourd’hui datés, ils font écho aux images des frères rennais et montrent de manière sombre et réaliste le tournant du siècle. « Charles a conscience que quelque chose est en train de disparaître. Si par certains côtés, il dénonce le colonialisme, il reste un homme du XIXème siècle » résume la commissaire de l’exposition. Reste la modernité d’un regard, celui de deux frères qui ont témoigné du tournant du siècle.

Infos pratiques

Exposition les frères Géniaux, la photographie un destin du 18 octobre 2019 au 20 avril 2020 au Musée de Bretagne (Les Champs Libres), 10 cours des Alliés. Tél : 0223406600.

Horaires d’ouverture : du mardi au vendredi de 12h à 19h, samedi et dimanche de 14h à 19h (Fermé le lundi et les jours fériés)

Tarifs : 6 euros (plein tarif), 4 euros (tarif réduit) gratuit le premier dimanche du mois et pour les moins de 18 ans.

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