Nirvana aux Transmusicales

Les révélations des Trans Musicales

40 ans de concerts mythiques à Rennes

Depuis 1979, les Rencontres Trans Musicales de Rennes mettent un coup de projecteur sur de nouveaux groupes et artistes. Chaque nouvelle édition qui s’annonce ne fait pas exception. En invitant l’avant-garde des musiques actuelles, le festival rennais est un bon baromètre du paysage musical breton, français et international. Retour sur presque quatre décennies de révélations passées par les Trans… de Björk à Noir Désir, en passant par Stromae, Nirvana et Ben Harper.

1979-1989 : de la new wave au rock alternatif

Les affiches des Transmusicales de Rennes
Les affiches des Transmusicales de Rennes © Destination Rennes / Julien Mignot

En juin 1979, la première édition des Trans Musicales est consacrée à la nouvelle scène rennaise. Une soirée unique, organisée par l’association Terrapin, qui programme notamment le groupe Marquis de Sade qui influencera des générations de musiciens. C’est le début de la New Wave version rennaise et avec elle des Rencontres Trans Musicales qui accueillent 2400 spectateurs.

L’année suivante, en 1980, c’est une future star de la pop qui est invitée du festival. Etienne Daho. Il reviendra lors de l’édition 1986 pour jouer avec ses amis. La deuxième édition s’ouvre à des groupes d’autres villes, avant d’accueillir des artistes internationaux dès 1982.

1981, Carte de séjour, le premier groupe de Rachid Taha est programmé aux Trans.

1982, le groupe L’Ombre Jaune fait une apparition, sa chanteuse, Muriel Moreno, se révélera ensuite au sein du célèbre duo rennais Niagara. Le festival est toujours en mode « amateur » et certains concerts ne se passent pas toujours comme prévu…

1983, les Trans s’ouvrent de plus en plus au-delà de la scène rennaise sur la scène rock française (Marc Minelli) et européenne avec notamment les Italiens de Litfiba ou les Anglais de Cabaret Voltaire.

1984, la 6ème édition enfonce le clou de la réputation de Rennes « ville rock » et convie Theo Hakola avec son groupe Passion Fodder ainsi que Stéphane Eicher. Mais les Trans ne se limitent plus au rock et regardent vers d’autres horizons musicaux en faisant venir Lord Nelson et Ray Lema.

En 1985, les Londoniens de Sigue Sigue Sputnik ne jouent que 20 minutes, le concert vire à la baston après un jet de canette de bière. Depuis cette date, les boissons sont servies dans des gobelets…

1986 signe le premier tournant du festival, l’organisation se professionnalise et de grands noms du rock alternatif sont sur scène. La salle de l’Ubu vient d’ouvrir et accueille Noir Désir pour le début d’une longue histoire avec le public. A la Cité, Bérurier Noir, Ludwig Von 88 et les Washington Dead Cats mettent le feu lors d’une soirée du dimanche mémorable.

En 1987, la 9ème édition accueille des artistes de plus en plus variés, des Fishbone aux Gipsys King. La compagnie Royal De Luxe intervient dans la ville « comme bon lui semble ».

1988, pour son 10ème anniversaire c’est l’année de tous les brassages. Musicaux d’abord avec des groupes comme la Mano Negra, les Négresses Vertes, Stéphane Eicher… Des sons venus d’ailleurs avec le groupe islandais The Sugarcubes, emmené par Björk dans un concert d’anthologie, et d’autres références : Théo Hakola, Moondog ou Dominic Sonic. Brassages dans les bars également avec le début des apéros Trans…

1989, les Trans font un retour aux sources du rythm’n blues avec une programmation varié aux sonorités black affirmées et un certain Lenny Kravitz comme tête d’affiche.

1990-2000 : rap, grunge, trip-hop et electro, les nouvelles déferlantes

Salle de la Cité à Rennes
Salle de la Cité à Rennes © Rennes Métropole / Didier Gouray

Nouvelle décennie, nouvelle vague musicale avec la déferlante rap symbolisée par les Marseillais d’IAM programmés à la Cité lors de la 12ème édition, celle de 1990. Les Trans sont désormais un festival incontournable, à la prog toujours surprenante. Une année qui verra aussi passer FFF, Pigalle et Soup Dragons, entre autres.

1991, deux mois avant les Trans, Nirvana sort son album Nevermind et entame une grande tournée européenne. Le concert de Rennes, l’une des premières dates française du groupe de Seattle, restera dans les mémoires comme un concert mythique. Le genre de ceux qui marquent l’histoire du rock. Dans les rues de la capitale bretonne, tout le monde ne parle que de Nirvana et de Kurt Cobain qui finissent leur concert à la salle Omnisport (aujourd’hui Le Liberté) en démolissant leur matériel. 25 ans après, il y a ceux qui peuvent dire « j’y étais » et les autres.

1992, Sonic Youth est à Rennes, mais ils ne sont pas les seuls à battre le pavé rennais : Pavement, Suicide, the Last Poets et les pionniers de la House The Orb sont de la partie pour une 14ème édition toujours plus éclectique.

1993, Björk se la joue solo et revient aux Trans après un premier passage en 1988. Encore une découverte dans la mythique salle de la Cité qui verra aussi les débuts devant le public français de Ben Harper.

1994, en ouverture des Trans Musicales Portishead sonne l’avènement du trip-hop. C’est le premier concert de l’histoire du groupe de Bristol et c’est à Rennes à l’Ubu qu’a lieu ce pur moment. Autre référence du genre, Massive Attack se produit lors de cette même édition.

1995, leur concert a failli ne pas avoir lieu en raison des grèves de 1995 : les Daft Punk finissent tout de même par jouer en trimballant eux-mêmes leur matériel dans leur voiture pour prendre un avion de justesse. Un set rare, sans les fameux casques, pendant lequel le duo se fait justement repérer par la maison de disques Virgin. Le début d’une ascension fulgurante pour ces pionniers de la scène électronique française. L’année d’après ils reviendront jouer aux Trans pour un nouveau live inoubliable et inédit.

1996, la déferlante techno est à son comble aux Trans avec notamment le retour de Carl Cox qui sort cette année-là son premier album studio. Le « plus demandé des DJ’s britanniques » refait un passage aux platines à Rennes après être venu dans le cadre de Rave-ô-trans en 1993.

1997 ouvre un nouveau chapitre de l’histoire des Trans Musicales avec une création musicale d’un artiste en résidence au Théâtre de l’Aire Libre de Saint-Jacques de la Lande. Le premier millésime a un bon parfum breton avec Yann Tiersen et sa création « Le Phare ».

1998 : des Frères Morvan à Fatboy Slim, de la bossa à la jungle, d’Amadou & Mariam à Cypress Hill, pour leur 20ème anniversaire, les Trans 1998 sont restées dans les mémoires comme une « incroyable fiesta ».

1999, les Trans explorent tous les horizons musicaux : le Réunionnais Danyèl Waro enflamme la 21ème édition. Une année marquée par les prestations de Public Enemy et Tony Allen.

2000, de la découverte encore et toujours avec Goldfrapp qui vient à Rennes l’année de la sortie de son premier album. Une 22ème édition qui verra aussi le passage remarqué d’Amon Tobin et celui de Guru’s Jazzmatazz accompagné d’Herbie Hancock, d’Angie Stone et de Bilal…

2001-2009 : les Trans font tourner les têtes et les platines

Olivier Mellano
Olivier Mellano © Nicolas Joubard

2001, premier passage pour un nouveau groupe rennais, Bikini Machine. L’un des tous premiers concerts également pour Gotan Project à la Cité, le début d’une belle histoire pour le collectif d’electro tango. Fidèle aux Trans le groupe accompagnera également quelques années plus tard le festival dans ses pérégrinations chinoises.

2002. Une « déflagration atomique », c’est ainsi que Jean-Louis Brossard, le Directeur artistique du festival, qualifie le concert de LCD SoundSystem à Rennes. Un style nouveau, au début du siècle qui influencera toute une génération d’artistes des années 2000. Autre claque musicale cette année-là avec les Belges de 2 Many Dj’s au Liberté.

2003. Autre anniversaire, pour leurs 25 ans les Trans invitent des fidèles révélés par le festival : Ben Harper, Keziah Jones, Beth Gibbons, Arno, Bérurier Noir. Des révélations aussi avec une chanteuse de 24 ans très intimidée, Pauline Croze, et !!! (tchik tchik tchik).

2004 : les Trans Musicales, ça déménage au Parc Expo. Une nouvelle dimension pour le festival qui sort du centre-ville et qui accueille notamment les Beastie Boys, 10 ans après avoir annulé leur premier passage aux Trans.

2005, en création au théâtre de l’Aire Libre, Katerine revient à Rennes. En 1992, il avait joué l’un de ses premiers concerts aux Transmusicales. Une 27ème édition où le duo londonien de Mattafix viendra jouer le rôle de la nouvelle révélation trip-hop.

2006, c’est l’année de Justice, les frenchies confirment leur réputation sur la scène des Trans qui renouent cette année avec la salle de la Cité. Pas de têtes d’affiches (à part Cat Power) mais de l’énergie à revendre avec I’m From Barcelona et Cassius.

2007 : le pionnier de la french touch Etienne de Crecy délivre une création scénique qui fera le tour du monde par la suite. Le duo franco-nordique The Dø fera également partie des révélations de cette édition.

2008. L’année des 30 ans pour les Trans avec des découvertes rennaises comme The PopopopoPs, parisiennes (The Naive New Beaters) et une nouvelle création pour Yann Tiersen avec le groupe des îles Féroë, Orka.

2009. Bien avant la sortie en 2013 du documentaire Sugar Man qui a révélé au monde entier son extraordinaire histoire, Sixto Rodriguez se produit en France, à Rennes. Sa seule date française avant un mini-concert devant seulement 50 personnes à Paris. Rennes (re)découvre son folk psychédélique avant tout le monde.

2010-2015 : des créations musicales inédites

London grammar
London grammar © Nicolas Joubard

2010. Alors on danse ? Le tube de l’année de Stromae débouche sur une création inédite à l’Aire Libre. Même Arno est de la partie pour venir chanter avec le maestro « Putain putain c’est vachement bien ». Stromae reviendra aux Trans en 2013.

2011. Les Rennais Juveniles impressionnent à l’Ubu, même en début d’après-midi. La 33ème édition des Trans accueille une « fille de », Hollie Cook, fille de l’ancien batteur des Sex Pistols, pour un concert pop-reggae remarqué.

2012. Accompagné par les Trans pour la traditionnelle tournée d’avant-festival, The 1969 Club se produit au Hall 3 avec sa jeune énergie punk-rock. L’excellent millésime numéro 34 des Trans se distingue avec le Normand Superpoze, très attendu. 

2013, c’est encore la création de l’Aire Libre qui fait sensation : Benjamin Clementine est l’une des révélations majeures des années 2010. Avec sa voix incroyable, le Londonien marque cette édition d’une grande émotion. Autre découverte venue d’Outre-Manche, London Grammar déroule son tapis pop dans un Hall 4 bondé venu écouter la nouvelle pépite anglaise.

2014, en résidence à l’Aire Libre, Jeanne Added crève l’écran des nuits blanches rennaises pour cinq concerts d’un projet solo qui sera suivi d’un album majeur, Be sensational sur le label Naïve. 2014, année où Vaudou Game envoûte lui aussi le public…

2015, même au bout d’une trentaine d’éditions, les Trans surprennent toujours chaque année avec des groupes venus de partout et de nulle part. De Madagascar avec les Dizzy Brains, de Grèce avec la chanteuse Monika, du fin fond de la Transe avec les 3Somesisters, les bonnes vibrations sont comme chez elles à Rennes.

2016, la 38ème édition a programmé plus d’une centaine de groupes. Parmi eux on retiendra les prestations endiablées de BCUC, les démabulations de Meute, la création remarquée de Fishbach ou encore The Jacques.

En 2017, les festivaliers ont été marqués par la création de Nakhane et les concerts des enfants terribles de Columbine, (voir les autres révélations de la 39ème édition.

Pour son édition presque anniversaire en 2018, les Trans ont concocté une programmation toujours plus éclectique : découvrez 18 groupes programmés cette année-là, parmi lesquels Aloïse Sauvage en résidence de création à l’Aire Libre, Disiz La Peste pour un come-back remarqué ainsi que des révélations comme Black Pumas, Pongo ou la Rennaise Prâa.

Et en 2019, Etienne Daho revient sur la scène des Trans, 40 ans après son premier passage lors de la première édition. La boucle est bouclée.

Pour en savoir plus sur les milliers de groupes passés par les Transmusicales de Rennes, rendez-vous sur le site Trans Music Maps.

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