Le rennes de Béatrice Macé

Béatrice Macé

« Rennes est une petite grande ville, une addition de villages »

Béatrice Macé est la directrice des Rencontres Trans Musicales de Rennes. Elle fait partie du trio des fondateurs du festival créé en 1979, avec Hervé Bordier et Jean-Louis Brossard. Son rapport à la ville est à l’image de son parcours de vie avec les Trans’ : un chemin singulier, animé par la curiosité.

« Rennes est une ville où il y a encore un horizon »

Rien ne destinait Béatrice Macé à travailler dans un festival comme les Trans Musicales. Originaire de Dinan, elle vient dans la capitale bretonne pour « faire ses humanités » : des études de latin-grec, histoire de l’art, avant de bifurquer vers la linguistique qui l’écarte du chemin vers l’archéologie et l’amène à creuser un autre sillon.

« Je suis arrivée à Rennes en 1975, j’avais 17 ans. C’était la ville universitaire dans toute sa splendeur, une ville ouverte, la ville où on va quand on quitte ses parents et où on se construit en tant qu’adulte » se souvient Béatrice Macé. Une ville où pour des générations d’étudiants et d’adolescents, les Trans Musicales s’apparentent à un rite de passage, un parcours d’initiation aux musiques actuelles, qu’on revit chaque année pour entretenir sa curiosité.

La curiosité et les rencontres, c’est ce qui fait vibrer l’équipe des Trans Musicales toute l’année pour préparer le temps fort culturel rennais. Chaque début du mois de décembre, la capitale de la Bretagne se met « en trans‘ » et invite plus de 80 groupes venus de toute la planète pour 5 jours de concerts dans le centre-ville et au parc Expo. Un « festival » pas comme les autres,  à l’image de la ville. « A taille humaine », comme dit la formule consacrée, même s’il attire plus de 60.000 personnes.

« Dans l’espace public et dans les bars, tout le monde se croise »

Jean-Louis Brossard et Béatrice Macé à l'Ubu
Jean-Louis Brossard et Béatrice Macé à l’Ubu © Destination Rennes / Julien Mignot

« Ce que j’aime dans Rennes encore aujourd’hui, c’est le côté « petite grande ville ». La relation avec les Trans’ s’est passée justement parce qu’il y a des ressemblances entre un ‘petit grand festival’ et une ‘petite grande ville’. Les Trans ressemblent à la ville et à ses habitants, d’où le nom de Rencontres Trans Musicales… » explique Béatrice Macé. « Le centre-ville, sa vie nocturne, est l’image la plus connue de Rennes. Mais c’est une réalité, il y a une vie sociale, dans l’espace public et dans les bars, où tout le monde se croise, les étudiants, les artistes, les associations… Une forme de creuset où sont nées les Trans’ ».

Une ville qu’elle aime arpenter, à pied, depuis son bureau de l’ATM (l’Association des Trans musicales qui gère le festival et la salle de l’Ubu). Des locaux dans un quartier à l’image de la Ville, au bord de la Vilaine, près d’un petit îlot de verdure (les jardins Jean Guy), et à l’ombre d’un monument d’architecture, le Mabilais, le phare high tech de la ville. Un quartier et une ville en mutation où Béatrice Macé a ses repères. « Rennes est une ville qu’on traverse facilement, avec le métro c’est très simple de quitter le centre-ville. J’aime surtout y marcher pour admirer l’architecture. C’est une ville où il y a encore un horizon. Depuis la Place de Bretagne, avec la perspective sur le bâtiment de la Mabilais, on devine déjà le tracé de la Vilaine ».

Comme beaucoup de Rennaises et de Rennais, marcher dans la ville est une de ses activités préférées. « J’adore emprunter les chemins de halage, partir me promener depuis la rue de Saint-Malo vers les Prairies Saint-Martin… il existe plein d’endroits qui nous font sortir de la ville en quelques minutes et ressentir la présence de l’eau ».

« Rennes est une addition de villages avec chacun leur ambiance »

Des cantines de quartiers pour tous les jours

Béatrice Macé chez Petite Nature
© Destination Rennes / Nicolas Joubard

A deux pas du chemin de halage et des quais, sur la Rotonde, Béatrice Macé a sa cantine attitrée : Petite nature. « Je m’y sens à l’aise, l’accueil est simple, agréable et jovial, j’aime bien y manger le midi, c’est tout près du bureau, une pause qui me ressource avec des plats bios, végétariens et vegans. Chaque endroit a un potentiel symbolique, Petite nature est un bon exemple, de simplicité et d’accueil. Nathalie, Flavie et Dewin ont toujours le sourire pour leurs clients ». « Le Café du Port cultive aussi un esprit d’accueil qui fait du bien. On retrouve le côté village de la ville : Rennes est une addition de villages où les quartiers ont chacun leur personnalité et leur ambiance, comme à la cantine des Ateliers du vent ».

Côté comptoirs, ses bars incontournables sont des lieux liés à l’histoire des Trans et de la musique à Rennes : Le bistrot de la Cité, le Ty Anna Tavarn, où elle a encore ses habitudes.

Une idée de parcours en ville depuis la place Saint-Germain

Depuis la Place Saint-Germain, bordée par les terrasses de bars et de restaurants, après une visite à la boutique Ornement où elle apprécie le choix de bijoux, Béatrice Macé conseille de remonter par la petite rue Derval, l’une des plus anciennes ruelles pavées de Rennes pour aller à la librairie Le Failler fouiner dans le rayon art. « A Rennes on trouve encore beaucoup de libraires et de disquaires indépendants, comme la librairie Pécari Place Sainte-Anne. Les vinyles et les livres ont un point commun, le rapport à l’objet est irremplaçable, ce sont des tableaux, on les regarde avant de les lire ou de les écouter ».

Autre adresse à voir pour le plaisir des yeux : Edition Spéciale, une boutique d’encadrement qui propose des affiches et sérigraphies ainsi que des objets de collection autour de l’univers de la Bande-Dessinée.

Pour un en-cas savoureux, direction ensuite La Lichouille, dans la même rue de la Visitation, un bar à chocolats et à fruits frais qui fait toujours le plein à l’heure du casse-croûte. Pour finir à l’heure du thé, chez It’s Five O’clock Somewhere, un boudoir à l’anglaise où Béatrice se verrait bien passer des heures. « Le five O’Clock je l’ai découvert grâce à une amie, les desserts sont d’enfer, j’aime y aller bruncher le dimanche ».

Une visite à faire ?

Côté visite, Béatrice Macé, recommande d’aller faire un tour au 6ème étage des Champs Libres dans le méconnu Musée du Livre Henri Pollès. « J’y emmène souvent des amis qui viennent me rendre visite à Rennes. Pour moi, c’est un lieu symbolique des Champs Libres, de même que l’Espace d’exposition sur l’Affaire Dreyfus. La maison de l’écrivain y est reconstituée avec une surcharge de livres, une accumulation d’objets très particuliers, comme si le passé faisait irruption dans le présent. Je trouve la profusion d’objets très excitante, comme un symbole de la diversité du monde, j’aime me retrouver dans ce cabinet de curiosités ».

Le carnet d’adresses rennaises de Béatrice Macé :

  • Petite Nature, super café cantine frais, sain, simple et local. 1 Place de la Rotonde. Tél. : 0257212907
  • Le Café du Port, 3 rue Le Bouteiller. Tél. : 0299300143
  • Le Bistrot de la Cité, bar rock’n roll. 7 rue Saint-Louis. Tél. : 0299792434
  • Ty anna Tavarn, Pub-café-concert, 19 Place Saint-Anne. Tél 0299790564
  • Ornement, concept-store, 4 Place Saint-Germain. Tél. : 0299794374
  • Librairie Le Failler, 8-14 rue Saint-Georges. Tél. : 0299878787 
    www.librairielefailler.fr
  • Librairie Pécari, 1 rue Saint-Louis. Tél. : 0223350199 
    http://librairiepecari.canalblog.com
  • Edition Spéciale, objets de collection et encadrement, 40 rue de la Visitation. Tél. : 0299383746 https://editionspeciale.fr
Affiche du festival des Trans Musicales de Rennes 2018

Les Trans’, « un cabinet de curiosités musicales »

« Nouveau depuis 1979 », le slogan résume bien l’esprit du festival… même si les Rencontres Trans Musicales ont évolué au fil de quarante éditions, et que le trio d’origine est devenu un duo après le départ d’Hervé Bordier en 1996, les Trans sont restées fidèles à l’idée de départ : faire découvrir des ovnis musicaux, avant tout le monde. Un credo qui se traduit dans le choix du programmateur Jean-Louis Brossard et qui en fait un festival à part dans le paysage culturel français et le point d’orgue de la saison des festivals rennais. « En 1979, il n’y avait pas 5000 festivals et événements culturels en France comme c’est le cas aujourd’hui, l’été n’était même pas encore la saison des festivals ». Le choix du mois de décembre est d’ailleurs un peu le fruit de l’histoire, « c’était le seul moment où il n’y avait pas d’examens à la fac » se rappelle la Directrice des Trans. « Aujourd’hui, on a une vraie saison des festivals de septembre à fin juillet. Tous sont différents et montrent de quoi le territoire est capable avec beaucoup de connexions avec des lieux de création comme l’Aire Libre, l’Antipode et le Jardin Moderne ».

« Rendre compte de la création musicale avec un regard décalé »

« Les Trans Musicales continuent d’être pertinentes en portant un regard décalé sur la création musicale » explique Béatrice Macé. « Les Trans s’intéressent à l’inconnu, aux parcours singuliers. Car ce qui nous singularise véritablement en tant qu’être humain, réside dans la différence. C’est le support de l’intérêt et la source de toute curiosité. Les Trans Musicales sont en quelque sorte un cabinet de curiosités musicales, on concentre à Rennes des groupes de tous les styles et de tous les pays, sur un espace temporel et spatial réduit pour se rendre compte de la diversité et de l’infini de la création musicale ».

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