Publié le 03 juin 2026 par Fabrice Mazoir
Découvrir l’architecture en terre crue
La construction en bauge, particularité du bassin rennais
La construction en bauge, à base de terre crue, est une particularité architecturale qu’on trouve presque exclusivement dans le bassin rennais. Un savoir-faire qui s’est un peu perdu et qu’on redécouvre aujourd’hui, en raison de ses performances énergétiques et de son côté naturel. De juin à septembre, plusieurs événements sont prévus dans la métropole rennaise pour en savoir plus sur cette technique de construction typique.
La terre, un matériau naturel à portée de main

Si vous avez l’habitude de vous promener dans la métropole rennaise, vous êtes sans doute passé devant une maison, une ferme ou un manoir en terre crue sans trop y prêter attention. La construction en bauge mérite pourtant le coup d’œil. Et il ne faut pas la confondre avec le pizé qu’on trouve dans le sud de la France.
« C’est un type d’architecture qu’on trouve principalement dans le bassin de Rennes, un peu en Normandie, dans une partie de l’Eure. La terre a toujours servi à la construction, mais la construction en bauge est très différente d’autres techniques comme le pizé ou le torchis. Le pizé est banché entre deux planches et la terre va être tassée, alors que la technique en bauge repose sur des levées qu’on laisse sécher » explique Gilles Brohan, animateur de l’architecture et du patrimoine à l’Office de tourisme de Rennes Métropole.
Comme les maisons en pan de bois, la construction en terre crue s’est développée au fil des siècles à Rennes parce que c’est la matière première qu’on trouve localement. C’est un principe terre à terre : on fait avec le matériau qu’on a sous la main, en l’occurrence sous les pieds, la terre.
« Ce qui explique que ce soit si localisé et qui en fait une particularité locale et identitaire, c’est le sous-sol géologique composé de schiste briovérien » détaille Gilles Brohan. « Une pierre qui n’est pas bonne pour la construction, mais qui en se dégradant, se transforme en terre argileuse, du limon qu’on retrouve dans le bassin rennais. Ce qui explique qu’on a utilisé ce matériau qu’on trouve localement. Quand on creuse le sous-sol, il n’y a pas de pierre, mais il y a cette terre en abondance ».
Les premières constructions en terre crue remontent au XVIème siècle
La méthode est empirique et a évolué au fil des siècles, mais son apparition est plutôt récente. « Des études sur l’habitat vernaculaire attestent que ce mode de construction existe depuis le XVIème siècle. C’est assez récent finalement. On a d’abord construit en pan de bois avant de construire en bauge » rappelle Gilles Brohan. Ce qui n’empêche pas de mixer différents matériaux. Comme cette maison d’habitation à Saint-Sulpice-la-forêt qui mélange harmonieusement construction en pan de bois, pierre et terre crue.

La terre crue n’a pas été utilisée uniquement pour bâtir des fermes, elle s’adapte à tous les usages. « Comme c’est un matériau de construction qui est bon marché et extrait directement sur place, on va donc pouvoir construire des manoirs en bauge, des fermes, des métairies, mais aussi tous les bâtiments liés à l’exploitation foncière ou agricole : fuies, pigeonniers, fours, celliers, granges, étables… Cette technique n’était pas limitée à une classe sociale ou à une activité. La noblesse qui a des propriétés foncières va elle aussi utiliser cette méthode. Tout le soin qui va être mis dans la construction va cependant refléter la richesse des propriétaires. À partir du XIXème siècle, d’anciens manoirs en bauge vont être agrandis et se développer autour d’activités agricoles, d’où l’association entre la terre et la ferme ».
Les caractéristiques des maisons en bauge

Des bâtiments différents qui ont cependant des points communs liés à la technique de construction. En témoignent les nombreux bâtiments encore debout, qui reposent sur des fondations solides. On est loin de la maison des petits cochons !
« Ce qu’on observe à partir du XVIIIème siècle ce sont des fondations en pierre avec un solin de pierre locale, en général du schiste qui va servir à la fois à isoler le bâti et les levées de terre pour éviter le ruissellement et la capillarité. A partir du XVIIIème, on va vouloir aussi des constructions plus hautes, ce qui implique des fondations solides » raconte Gilles Brohan.
Autre élément intéressant dans le mode de construction en terre crue, dès la conception on positionne portes et fenêtres, dans ce qu’on appelle la carrée, une armature en bois qui va être enveloppée par la terre. Ce qui fait que chaque construction est unique, est liée à la matière première en elle-même. « D’un lieu à un autre, la technique est la même, mais les constructions diffèrent selon la composition de l’argile : si la terre est riche en cailloux, cela aide à la cohésion de la construction en séchant. En l’absence de cailloux on va amender la terre avec du crin animal ou des végétaux, comme de la paille ou du foin, pour renforcer la structure de la terre qui se durcit en séchant ».
Un savoir-faire oublié qu’on redécouvre aujourd’hui

Malgré sa durabilité dans le temps et son côté bon marché, ce savoir-faire breton a été un peu oublié, faute d’apprentissage et de transmission. Selon Gilles Brohan, le tournant s’est fait au milieu du XXème siècle :
« À partir du moment où on va utiliser de nouveaux matériaux de construction, après la Seconde Guerre Mondiale, il y a une cassure, le savoir-faire va se perdre sur une génération. Il faut attendre la fin des années 1970 pour qu’il y ait une prise de conscience que cette architecture identitaire locale était en train de disparaître. Comme le savoir-faire s’est perdu, pour restaurer, entretenir et réhabiliter on se retrouve face à un mur. D’où les formations de maçons en maçonnerie de terre qui vont se développer à partir de ce moment-là. On se rend compte aussi de la qualité de ces matériaux qui résonnent encore plus avec les enjeux contemporains : avec une extraction au plus proche des chantiers. Et surtout la terre est un excellent isolant thermique qui garde la chaleur l’hiver et empêche la chaleur de rentrer l’été. L’inertie de ce matériau naturel est extrêmement efficace et saine ».
Aujourd’hui, il reste de nombreux bâtiments en terre crue, certains méritent le détour comme l’ancien presbytère transformé en mairie à Parthenay-de-Bretagne, Montgermont, Thorigné Fouillard la ferme de la barre de Thorigné-Fouillard elle aussi devenue la mairie, l’Ogi-porche du manoir de la Chapelle-des-Fougeretz, les dépendances du manoir de Tizé…
De nombreuses autres maisons ont fait l’objet de restaurations récentes, pas toujours dans les règles de l’art. Dominique Drion, médiatrice patrimoine à l’Office de Tourisme, le constate à l’occasion des randonnées patrimoniales qu’elle anime dans la métropole rennaise, « Il en va de la restauration, comme de la construction, il y a des effets de mode ». Les propriétaires qui souhaitent restaurer leurs bâtiments, peuvent s’appuyer sur le travail de récolement effectué par l’Écomusée de la Bintinais et sur les conseils de l’association Tiez Breiz qui œuvre pour la sauvegarde et la valorisation du patrimoine en Bretagne.

Rendez-vous en terre crue, de juin à septembre
À l’échelle du pays, le Projet National Terre vise à valoriser le savoir-faire de construction en terre crue. Et dans la métropole rennaise, toute une série d’événements, de juin à septembre 2026 sont l’occasion d’en savoir plus sur cette particularité locale. Mieux connaître le patrimoine est en effet indispensable pour le préserver, le valoriser et le transmettre.
Des ateliers, visites et démonstrations sont ainsi prévus à l’Écomusée de la Bintinais dimanche 14 juin. Une randonnée patrimoniale gratuite est proposée par l’Office de tourisme entre Clayes et Romillé à la découverte du bâti en bauge le dimanche 1 er juillet. En septembre, dans le cadre des Journées du matrimoine et patrimoine, des visites d’immeubles en travaux dans le centre ancien sont organisées. Le Milieu, quartier général de la compagnie Ay-Roop ouvre également ses portes pour faire découvrir sa ferme du XVIIème siècle. Autre événement, une visite du quartier de la Courrouze est à suivre autour du thème « la terre comme ressource ». Enfin, fin septembre, c’est un parcours poétique qui est organisé par le collectif artistique Au bout du plongeoir pour se connecter à l’essence terrestre du Manoir de Tizé.