MioSHe

MioSHe

Entre ville et Vilaine, une source d’inspiration

Venu du monde du graff, Antoine Martinet, dit MioSHe, est bien connu des Rennais pour ses fresques monumentales et ses créations pour des festivals comme Teenage Kicks, Maintenant ou Urbaines. Artiste multi facettes, il réalise aussi des pochettes de disques, des étiquettes de vin et peint sur des amphores… Parmi ses sources d’inspiration, la nature et la Vilaine. Depuis plusieurs années, il réalise en effet les visuels pour la Vallée de la Vilaine, au bord de laquelle il a grandi.

Surnommé « le mioche » lors de ses premiers pas dans le graffiti…

MioSHe
Peinture murale de Mioshe à Rennes

Ses fresques font partie du paysage urbain de Rennes, mais MioSHe s’exprime sur de nombreux autres supports que les murs. Son itinéraire artistique commence par le graff, pendant ses années lycée, à Nantes, en option art. « J’ai vite rencontré les graffeurs nantais et intégré le crew « B2M ». Etant le plus jeune, naturellement on m’appelait le « mioche » et ce pseudonyme est resté » raconte Antoine Martinet. Il poursuit sa formation artistique aux Beaux-Arts de Rennes où il vient se « forger un regard » complémentaire à ses expériences précoces dans l’art urbain. « L’école des beaux arts est un merveilleux instrument pour se chercher, un temps finalement assez long pour expérimenter, trouver ses premières références, puis se situer et ensuite se lancer dans une pratique à long terme. Le passage par les Beaux-Arts m’a éclairé sur la question de « l’intention » dans ma pratique artistique. Il n’est pas questions de juste ‘faire du beau’, il faut aller au-delà… » précise Antoine.

Des collaborations avec Teenage Kicks, le festival Maintenant, Urbaines et les Champs Libres

Graffeur, mais pas que… au fil des années, MioSHe travaille avec de nombreux festivals rennais : Le festival de cinéma Travelling, Teenage Kicks, la biennale d’art urbain dont la 4ème édition (du 3 septembre au 27 octobre) met à l’honneur son travail ; le festival Urbaines qui l’a invité à recouvrir la façade de l’Antipode. Il est aussi un habitué du festival Maintenant qui mixe art, musique et technologie chaque mois d’octobre et a illustré pendant 3 ans les programmes des saisons culturelles des Champs Libres. MioSHe travaille aussi bien loin des frontières de la Bretagne, en 2016 il a notamment illustré les affiches pour les 350 ans de la ville de Charleroi en Belgique et les festivités du Big Five. Récemment, en mai 2019, il a été invité en Russie par l’Institut français pour créer des peintures murales autour de la nuit des musées dans plusieurs villes de Kaliningrad à Vladivostok… MioSHe est un artiste reconnu en France et à l’étranger. Il fait partie des artistes rennais à avoir peint le mur Oberkampf à Paris. 

A la confluence de plusieurs courants artistiques

Dans ses influences, on croise aussi bien le célèbre muraliste italien Blu que le peintre flamand Jérôme Bosch… Loin d’être un grand écart de style et d’époques, ces deux sources d’inspiration ont pour lui beaucoup de points de convergence. « Ce qu’il y a en commun entre le contemporain Blu et le mythe de la renaissance flamande Bosch, c’est la capacité de ces artistes à mettre en scène et raconter par la peinture, et à le faire de façon étrange parfois surréaliste mais toujours en résonance avec leurs époques respectives » détaille MioSHe. « Le rapport à la nature et le récit par le symbole sont inhérents à leurs oeuvres et je dois avouer que c’est aussi une de mes préoccupations ».

La nature est en effet omniprésente dans les œuvres de MioSHe, comme dans un jardin des délices contemporain peuplé de personnages dansants. Son style, reconnaissable au premier coup d’œil, joue sur les symboles et les archétypes de l’histoire de l’art. Et si MioSHe se plait « à ramener du végétal dans la ville » à travers ses gigantesques peintures murales, c’est peut-être parce qu’il a passé une partie de son adolescence aux portes de la ville, au bord de la Vilaine.

« La Vilaine, j’ai grandi avec ! »

MioSHe

Depuis 4 ans, il collabore avec la Coopérative Cuesta pour illustrer les événements, cartes et publications de la Vallée de la Vilaine. Un vaste programme destiné à aménager le fleuve breton et inciter les visiteurs et habitants à se réapproprier ses rives, ses paysages et ses produits. Une démarche naturelle bienvenue pour Antoine qui a passé une partie de son enfance au bord de la Vilaine, juste à côté du Boël. Un site magique et inspirant avec ses falaises de schiste violet. « Il y a quelque chose de puissant à cet endroit-là avec cette pierre violette hyper chargée » confie Antoine.
« La Vilaine, j’ai grandi avec. Quand j’étais adolescent, la Vilaine était à mes pieds et on pouvait voir Rennes au loin depuis le haut des falaises. Le programme de revalorisation de la Vilaine est une suite naturelle, je suis content d’en être l’illustrateur. J’ai pu travailler sur ce projet grâce au collectif d’architectes Le bureau cosmique qui m’a invité il y a 4 ans à dessiner une carte paysagère monumentale sur panneaux de bois. Le sujet était la représentation du fleuve à travers les territoires autour de Rennes, jusqu’à Laillé. On était aux prémices de ce vaste programme de valorisation de La Vallée de la Vilaine piloté par Rennes Métropole et il y avait cette exposition itinérante « Traversées et Escales » avec mes grands panneaux, qui se déplaçait de commune en commune pour montrer l’univers de la vallée d’un point de vue artistique et scientifique… » 

Une carte paysagère qui a voyagé, de ville en ville. Conçue comme une vue de l’artiste depuis le haut des falaises du Boël, la carte postale géante est une sorte de réminiscence panoramique de son regard d’enfant qui embrassait le paysage : on voit le fleuve Vilaine dans son ensemble, avec ses méandres, depuis le canyon de schiste jusqu’aux immeubles de la ville, à l’horizon. Le territoire privilégié pour l’art urbain.

Le vertige des vestiges

Atelier de MioSHe

Depuis les premiers projets autour de la Vilaine, l’eau a coulé sous les ponts. Mais l’élément liquide reste un fil conducteur important dans le travail de MioSHe. « L’eau j’en ai besoin. Je suis aussi très lié à l’océan par ma pratique du surf, et la Vilaine est un fleuve qui se jette dans l’Atlantique. » La nature prend une tournure plus sombre dans ses toiles les plus récentes, une préoccupation environnementale dans laquelle il puise pour raconter des histoires et explorer les vestiges d’une époque proche de la dérive. « Les artistes s’imprègnent des périodes et de l’environnement extérieur, or l’heure est à la collapsologie » affirme Antoine.

D’où une obsession sur le contenant : les barils de pétrole et tout un travail sur les amphores, ancêtres de nos bidons. Des vases, amphores et jarres qu’il chine à droite à gauche, pour les peindre à la manière des artistes de l’Antiquité, mais en représentant des thèmes actuels et des scènes érotisantes.  « Les amphores ont une chromie particulière, l’objet lui-même est un faux vestige. J’utilise des vases qui traînent dans des vide-greniers ou que je trouve sur le Bon Coin à 5 euros, c’est une manière de leur donner une seconde vie, ce sont des objets intéressants qui résonnent avec l’art ancien et ses archétypes ».

Amateur de vin sans artifice 

Mais la peinture n’est pas la seule passion qui nourrit Antoine : le vin et la musique l’inspirent tout autant. « Le vin et la musique font partie de cette vision de l’histoire, de la magie de ce qui reste des civilisations et de l’héritage que celles-ci laissent dans le temps » explique Antoine qui traduit son goût pour la musique et le vin dans des créations pour ses amis musiciens et vignerons. « J’ai une pratique de DJ depuis 15 ans, alors mes amis musiciens me demandent logiquement des visuels pour les vinyles ! Et puis le vin est une grande aventure dans ma vie, mes potes vignerons me demandent aussi des étiquettes personnalisées ». En 2006, son premier lieu d’exposition à Rennes était d’ailleurs une adresse bien connue des gastronomes et amateurs de vins naturels : le bistrot l’Arsouille où il a exposé sa série d’avaleurs de bouteilles réalisée sur des tôles rouillées. Certaines trônent toujours sur les murs de  l’Arsouille, une des adresses préférées d’Antoine à Rennes.

Les 3 lieux favoris de Mioshe à Rennes

MioSHe au bar l'Arsouille
MioSHe au bar l’Arsouille

L’arsouille – 17 rue Paul Bert

Adresse de référence pour les amateurs de cuisine bistronomique et de vins naturels, MioSHe est comme chez lui à l’Arsouille accueilli comme il se doit par Chris. « C’est un bistrot qui m’a sérieusement éduqué le palais sans se prendre au sérieux, où j’ai pu déguster les meilleurs nectars du monde » avoue Antoine. 

Blind Spot – 36 rue Poullain Duparc

Autre adresse de référence pour les fans de bonnes galettes, de vinyles improbales, de disques rares et de bonnes vibrations : comme beaucoup de Rennais, Antoine a ses habitudes chez le disquaire Blind Spot. Des amis qui l’ont « définitivement ouvert aux musiques expérimentales »...

Les Agités du Bocal – 8 rue du Manoir de Servigné 

Depuis quelques mois MioSHe partage un atelier avec des Agités du Bocal, à côté du Jardin Moderne, à deux pas de la Vilaine. Un retour aux sources dans un lieu de création, des ateliers mutualisés où travaillent des plasticiens et des créateurs : art contemporain, tatouage, illustrations, artisanat, textile… « j’aime l’ambiance de ce lieu pluridisciplinaire où nous sommes une dizaine à partager un grand hangar dans la zone industrielle de la route de Lorient ». 

Share on facebook
Share on twitter
Share on linkedin
Share on email
Découvrez les derniers récits à la une