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« La fête fait partie de l’histoire de Rennes »

Interview des commissaires de l’exposition « Pas sommeil, la fête dans tous ses états »

Pendant tout l’été, du 11 juin au 18 septembre 2022, Pas sommeil, la fête dans tous ses états propose aux visiteurs un parcours artistique dans 3 lieux d’exposition : Musée des beaux-arts, Champs Libres et Frac Bretagne. Un rendez-vous exceptionnel de l’art contemporain, avec un thème accessible à tous les publics, organisé dans le cadre d’Exporama. Interview croisée avec les commissaires de l’exposition : Jean-Roch Bouiller, directeur du Musée des beaux-arts de Rennes, Etienne Bernard directeur du Frac Bretagne, Claire Lignereux, coordinatrice Exporama et responsable art moderne et contemporain au Musée des beaux-arts et Yves-Marie Guivarch, chargé de programmation aux Champs Libres.

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Marc Camille Chaimowicz, Celebration? Realife Revisited

De gauche à droite : Etienne Bernard (Frac Bretagne), Claire Lignereux (Musée des beaux-arts de Rennes), Yves-Marie Guivarch (Champs Libres, Jean-Roch Bouiller (Musée des beaux-arts).


Comment est venue cette idée de consacrer une exposition d’art contemporain au thème de la fête ?

Jean-Roch Bouiller (Musée des beaux-arts) L’idée a émergé progressivement, suite à un projet d’exposition autour de la photographe américaine Nan Goldin qui n’a pas pu avoir lieu. Après la période pandémique, ce thème nous a semblé encore plus opportun et pertinent en raison du lien particulier que Rennes entretient avec la fête. Et du désir partagé de se retrouver et de célébrer, après de longs mois de privations !

Etienne Bernard (Frac Bretagne) : La fête fait vraiment partie de l’histoire de Rennes, avec les Trans Musicales, la rue de la Soif… Et après tous ces confinements, il y une nécessité impérieuse de faire la fête. En imaginant cette exposition, on a fait le pari que 2022 allait être le crépuscule de la pandémie. Il y avait aussi une envie de travailler ensemble autour de ce trait de caractère du territoire, de prolonger ce qui s’est passé en 2021 avec la Collection Pinault et la Couleur Crue. On reproche souvent à l’art contemporain d’être un peu segmentant, avec la fête au contraire on a un sujet fédérateur qui touche tout le monde.

Claire Lignereux (Musée des beaux-arts) : C’est tout l’esprit d’Exporama de proposer une offre variée dans plusieurs musées et équipements culturels pour inviter les visiteurs à faire un parcours à pied ou à vélo entre les lieux d’expositions. Le thème de la fête permet également d’avoir une typologie d’œuvres très diversifiée, avec des photos, des vidéos, des installations, dans un rapport à l’œuvre d’art différent. Beaucoup d’installations invitent ainsi le visiteur à participer, à danser. L’idée d’un rapport convivial à l’œuvre d’art nous plaisait.

Yves-Marie Guivarch(Les Champs Libres) : La fête est une porte d’entrée séduisante pour aborder plein de sujets liés aux identités, aux genres, aux revendications sociales et politiques et à certaines formes d’excès aussi bien sûr. À partir d’un sujet qui parait un peu léger, on peut s’interroger sur beaucoup de sujets contemporains…

Piotr Uklanski, Untitled (Dancing Nazis) – Photo Rennes ville et Métropole – Julien Mignot

A travers leurs œuvres, les artistes contemporains montrent des visions très différentes de la fête, avec à la fois un côté lumineux et un côté obscur…

Jean-Roch Bouiller : Oui, dans l’idée de la fête, il y a une dimension « Dr Jekyll et Mr Hyde », on sort de soi, on se déguise et on devient quelqu’un d’autre. Grâce à ce dédoublement, on s’autorise des choses qu’on ne ferait pas en temps normal. C’est un fil rouge qu’on retrouve dans les œuvres de l’exposition. Comme dans le patio du Musée des beaux-arts où « Dancing Nazis » de Piotr Uklanski interpelle les visiteurs. Le contraste entre ce côté choquant et quelque chose de festif, joyeux et coloré est intéressant et pose des questions. Nous aurons aussi un petit tableau de Keith Haring un clin d’œil à cette grande figure de l’art newyorkais des années 80 qui a beaucoup joué sur cette image « pop art » de la danse et de la fête. Aujourd’hui, si ses œuvres sont toujours imprimées sur des t-shirts, on connaît moins ses engagements contre l’homophobie et son combat contre le Sida.

Etienne Bernard : L’exposition croise les regards des artistes sur des situations de fête. Au Frac Bretagne par exemple l’œuvre d’Edith Dekyndt avec une poursuite lumineuse suggère un couple de danseurs invisible, avec un côté peep-show. Les photographies de Nan Goldin ou de Diane Arbus montrent le côté trash de la fête. On montre aussi au Frac une photographie de presse, en grand format, prise lors de la rave du Nouvel an à Lieuron pendant le confinement, c’est important de parler de toute cette génération qui a été empêchée de faire la fête.

Claire Lignereux : Ce côté ambivalent on le retrouve en filigrane dans beaucoup d’œuvres. La fête est une célébration, mais a parfois un côté amer ou nostalgique. Certaines œuvres parlent de solitude alors que la fête est d’abord un rassemblement où on vient s’immerger dans le collectif… c’est tout le paradoxe de cette thématique !

Yves-Marie Guivarch : Les bruits du monde ne sont jamais absents des oeuvres. Même si on fait la fête pour fuir le monde qui nous entoure, ou pour essayer d’en inventer un autre, il est toujours présent dans l’art. Dans la série de photos de Julie Hascoët, exposées aux Champs Libres et au Frac, on le voit avec l’univers des free parties, ces microsociétés qui se constituent dans un champ. Des villages éphémères qui vont construire des formes architecturales un peu dingues avant de disparaître quelques jours plus tard au lever du jour.

Julie Hascoët, Murs de l’Atlantique – Photo Rennes ville et Métropole – Arnaud Loubry

Avec trois lieux d’expositions, Pas sommeil est aussi un parcours tout public que chacun peut faire à son rythme ?

Jean-Roch Bouiller : A Rennes on aime en effet se balader d’un lieu d’exposition à l’autre, on encourage le public à faire de même dans n’importe quel ordre. C’est surtout une exposition avec plusieurs niveaux de lectures avec des œuvres joyeuses et lumineuses, des boules à facettes qui amuseront les familles. Les visiteurs qui voudront approfondir la vision des artistes y trouveront aussi leur compte.

Claire Lignereux : Le fait d’être sur trois sites différents créé un effet de relecture, les visiteurs vont pouvoir se souvenir de ce qu’ils ont déjà vu, faire des parallèles, entre les artistes et enrichir leur lecture des œuvres. Plusieurs générations d’artistes sont représentées, de jeunes artistes bretons se retrouvent aux côtés de grandes figures de l’art qui les ont inspirés. Des objets iconiques se retrouvent aussi dans plusieurs oeuvres : la boule à facettes détournée de plein de façons différentes, les spots, la platine vinyle, le dancefloor…

Yves-Marie Guivarch : Et il n’y a pas que le côté dancefloor, on retrouve la dimension populaire de la fête, je pense en particulier à la série de photos de Mark Neville sur la fan zone de l’en-avant Guingamp.

Etienne Bernard : Au-delà de la fête je crois que l’exposition parle beaucoup de la jeunesse qui a été la grande oubliée de la pandémie. A Rennes, une personne sur trois est étudiante, avec cette exposition parfois drôle, sombre et surprenante on voulait s’adresser à cette jeunesse qui est connue pour aimer faire la fête.

Cécile Paris, Tournedisquebouleàfacettes, © Adagp, Paris, 2022
– Photo Rennes ville et Métropole – Arnaud Loubry

  • Exposition Pas sommeil, la fête dans tous ses états, du 11 juin au 18 septembre 2022 à Rennes au Frac Bretagne, au Musée des beaux-arts et aux Champs Libres. Le billet d’entrée (gratuit pour les moins de 26 ans) donne accès aux trois lieux d’exposition. Billetterie et infos pratiques sur pas-sommeil-rennes.fr

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