Façade de la Cathédrale Saint-Pierre

Visiter la cathédrale Saint-Pierre

La Cathédrale de Rennes, un monument au style unique

La Cathédrale Saint-Pierre de Rennes est un exemple unique de basilique romaine en Bretagne. Un monument historique à visiter absolument lors de votre séjour à Rennes, en particulier pour voir la nouvelle salle du trésor, dont la pièce maîtresse est un exceptionnel retable anversois du XVIème siècle qui vient d’être restauré.

La cathédrale Saint-Pierre, un trésor du patrimoine rennais

Cathédrale Saint-Pierre de Rennes
Cathédrale Saint-Pierre de Rennes

La cathédrale Saint-Pierre trône au cœur du centre historique et on la voit de loin avec ses deux tours qui culminent à près de 50 mètres de haut. Son histoire est étroitement liée à celles des Ducs de Bretagne qui venaient s’y faire couronner après être entrés dans la ville par les Portes Mordelaises situées à quelques pas de là. Classée monument historique depuis 1906, la cathédrale a traversé les siècles et a connu de nombreux changements de style, à la fois dans son architecture extérieure et dans son décor intérieur qui a été récemment restauré et complété de nouvelles statues.

La Cathédrale fait partie des monuments incontournables à visiter à Rennes. Pendant l’été, chaque mercredi, des visites guidées sont proposées par l’office de tourisme pour découvrir les trésors de la cathédrale. Notamment des éléments d’orfèvrerie et un retable flamand rarissime qui a été restauré après un vol tragique en 2007.

  • Horaires d’ouverture de la cathédrale : tous les jours de 10h à 12h et de 15h à 18h

La cathédrale Saint-Pierre s’est transformée au fil des siècles

La cathédrale Saint-Pierre
La cathédrale Saint-Pierre de Rennes

Aujourd’hui il ne reste rien de la première cathédrale du IVème siècle. Peu de traces subsistent également de l’église gothique construite à partir de 1180, mis à part une arcade à l’arrière de la façade. « Malgré un chantier très long de deux siècles, la première cathédrale gothique n’est sans doute pas bien construite » raconte Philippe Bohuon, Adjoint à l’animateur de l’architecture et du patrimoine de l’office de tourisme. « Dès le XVème siècle, la façade gothique est en très mauvais état et finit par s’effondrer en 1490. Des travaux de reconstruction sont alors lancés par Yves Mahyeuc, un Dominicain, supérieur du Couvent des Jacobins et confesseur d’Anne de Bretagne ». Ce personnage important, devenu évêque de Rennes, amorce un chantier qui va encore prendre beaucoup de temps : la façade n’est achevée qu’en 1704, après 163 ans de constructions interrompues par les guerres de religion, le manque d’argent et les changements incessants d’architectes.

Destination Rennes – Franck Hamon

Et le résultat n’a plus rien à voir avec la façade d’origine, ni avec le reste de la cathédrale gothique encore debout. A l’époque on ne s’embarrassait pas avec des différences de style : la nouvelle façade est de style classique avec 44 colonnes de granit des îles Chausey qui en imposent. Un monument typiquement « Grand siècle », voire « baroquisant », qui va bien plus tard inspirer le reste du bâtiment, édifié entre la fin du XVIIIème siècle et le début du XIXème. Autre originalité de la façade, les armoiries de Louis XIV, le Roi Soleil, sont représentées sur un fronton en tuffeau entre les deux tours. On retrouve aussi, bien en vue sur la façade, 5 blasons des gouverneurs de Bretagne, évêques et lieutenants, représentant les pouvoirs politiques, religieux et militaires.

Le chantier de la nouvelle façade a duré plus d’un siècle

« Il faut imaginer que la façade qu’on connaît actuellement était au XVIIIème siècle adossée à un édifice gothique. Le chantier de la façade a pris plus d’un siècle et pendant ce temps là on ne s’est pas trop occupé de la Nef et du reste de l’édifice qui montrait lui aussi des signes de faiblesse » explique Philippe Bohuon. « Des pierres commencent à tomber dans le chœur. En 1754, on décide de la raser par précaution et de refaire l’édifice dans le style de la façade. Sauf que ce nouveau chantier ne sera terminé qu’en 1844 ! ».

En attendant, c’est la chapelle Saint-Yves, puis à partir de 1803 l’église Saint-Melaine, qui font office de cathédrales provisoires. La démolition s’éternise entre 1756 et 1768 et le chantier de reconstruction qui ne débute qu’en 1787 connaît lui aussi moults retards. La Révolution française stoppe toute avancée et les travaux ne reprennent finalement qu’en 1816.

Durant cette longue période, les architectes vont s’inspirer de la façade pour reconstruire l’intérieur sur un modèle de basilique romaine. En reprenant le même nombre de colonnes à l’intérieur : 44 colonnes de granit ponctuent donc l’intérieur du monument au style dépouillé et blanc. Rien à voir avec ce qu’il est aujourd’hui, car un personnage très important de l’histoire de la cathédrale va entrer en jeu, juste avant la fin des travaux : Godefroy Brossay-Saint-Marc, le nouvel évêque de Rennes qui n’aura de cesse de donner à la cathédrale un style beaucoup plus ostentatoire.

Changement de décor avec MGR Brossay-Saint-Marc

Destination Rennes – Franck Hamon

« Quand Mgr Brossay-Saint-Marc devient évêque de Rennes en 1841, l’édifice n’est pas encore terminé. Mais le décor intérieur ne lui plaît pas du tout : il le juge trop austère et trouve que les colonnes ne sont pas dignes d’une cathédrale » détaille Philippe Bohuon de l’office de tourisme. «  Brossay-Saint-Marc veut des colonnes de marbre et va faire changer tout l’intérieur de la cathédrale ».

Pour revoir tout le décor, l’évêque de Rennes, issu d’une riche famille qui a fait fortune dans le commerce de bougies, fait appel à la générosité des fidèles. Mais il va également faire jouer son « réseau ». Proche du pape Pie IX – les deux prélats se connaissent bien et s’estiment – il obtient de Napoléon III, qui vient en visite à Rennes en 1859, que la capitale bretonne devienne un archevêché. Jusque-là en effet, les évêques de Bretagne dépendaient de l’archevêché de Tours. Brossay-Saint-Marc devient donc le premier archevêque de Bretagne et la cathédrale une métropole. Une reconnaissance qui va donner un coup d’accélérateur au nouveau chantier.

Portrait de Godefroy Brossay-Saint-Marc
Estampe, portrait de Godefroy Brossay-Saint-Marc (Collection Musée de Bretagne)

Un style utra-montain unique en Bretagne

C’est un gros travail qui commence alors pour refaire le décor. Réalisé par Jobbé-Duval, il représente sur la nef, les évêchés bretons et dans le déambulatoire, le Tro Breizh, le pélerinage emblématique de la région. Impossible cependant de remplacer les colonnes de granit par du marbre, l’architecte Charles Langlois trouve une solution en recouvrant de stuc les colonnes pour imiter le marbre. On fait boucher des fenêtres du chœur et du transept, on commande des vitraux, le stuc et les ors recouvrent tout l’intérieur du monument. La cathédrale se transforme alors en monument néo-classique « ultra-montain », une petite basilique de Rome… C’est la seule cathédrale de ce type en Bretagne, qui reprend les codes romains. Et même en France, il existe peu d’exemples de monuments religieux comparables, à part la Cathédrale Sainte-Marie Majeure de Marseille et la basilique du Sacré Cœur de Montmartre à Paris qui sont plus dans un style romano-byzantin et qui datent de la fin du XIXème siècle. Alors que celle de Rennes s’inscrit plutôt dans la période néo-classique de la première moitié du XIXème.

Une cathédrale est un chantier permanent

Statues de la Cathédrale Saint-Pierre
Statues de la Cathédrale Saint-Pierre

« Les touristes français sont souvent un peu surpris par le style de la cathédrale, ils sont plus habitués à des cathédrales gothiques, surtout en Bretagne. En revanche, les touristes italiens et espagnols adorent son style ultra-montain » remarque Philippe Bohuon. « Mais le regard change sur la cathédrale. Les Rennais sont en train de la redécouvrir grâce aux travaux de restauration et de nettoyage entrepris depuis 2010 ».

Une cathédrale est en effet un chantier permanent, l’histoire de celle de Rennes l’illustre à merveille. D’ailleurs Brossay-Saint-Marc avait d’autres projets faramineux pour donner encore plus de grandeur à « sa » cathédrale : il voulait notamment couronner les deux tours de la façade avec des dômes. Et à ses yeux, la coupole n’était pas suffisamment haute, il souhaitait y ajouter un tambour de 15 mètres de haut. Le service des monuments historiques, qui venait juste d’être créé par Prosper Mérimée, a dû mettre le holà à cette folie des grandeurs. A la disparition de Brossay-Saint-Marc en 1878, le chantier s’arrête brutalement, même les quatre statues d’anges aux aîles déployées prévues pour surplomber le carré du transept ne seront jamais installées. Les crochets sont restés orphelins jusqu’au mois de juin 2019 où quatre statues, réalisées spécialement par l’artiste Laurent Esquerré, ont pris place lors de l’inauguration de la nouvelle salle du trésor : elles représentent le tétramorphe ainsi que des épisodes de chacun des quatre évangiles. Une étape de plus qui vient clore le très long chantier de la cathédrale… même si celui-ci va encore se poursuivre avec des travaux de restauration des chapelles, des vitraux et des orgues pour rendre tout son éclat à un monument rennais qui mérite le coup d’œil.

Une nouvelle salle du trésor

Depuis l’été 2019, les visiteurs de la cathédrale peuvent admirer ses trésors dans une nouvelle salle. La pièce maîtresse est un retable flamand datant de 1520. Un chef d’œuvre qui vient d’être restauré pour retrouver sa polychromie et ses ors d’origine. Ce retable a connu pas mal de péripéties et est finalement à l’origine de la création de la salle du trésor. « Il a fallu un drame pour relancer le projet de salle du trésor et le sortir des coffres-forts » rappelle Cécile Ouhlen, conservatrice des monuments historiques à la Drac Bretagne. Le drame a lieu en 2007 : un vol est commis dans la cathédrale et 3 reliefs du retable, exposé depuis 1872 dans une chapelle latérale, sont dérobés. Certains seront finalement retrouvés et une longue restauration s’engage pour retrouver la polychromie d’origine du retable anversois qui date de 1520. Sous la couche de vernis et de patine, les restaurateurs révèlent le bois polychrome de ce chef-d’œuvre de la fin du Moyen Âge. « Le retable de Rennes a un style unique par la physionomie des personnages et le raffinement des décors, il a été réalisé dans un chêne très dur, à croissance lente » indique la conservatrice de la Drac.

Un des plus beaux retables de la fin du Moyen Âge

Salle du trésor
Salle du trésor ©Destination Rennes – Franck Hamon

C’est un splendide exemple de retable anversois dont la fabrication a été assez concentrée entre 1470 et 1570. Un siècle de production, dont il reste 180 exemplaires dans le monde et seulement une vingtaine en France. Celui de Rennes est consacré à la vie de la Vierge et c’est le seul élément de mobilier qui reste de l’Ancien Régime. Bien que solide, le retable a pourtant failli disparaître. Suite aux péripéties de la reconstruction de la cathédrale, il est d’abord installé dans la chapelle Sainte-Anne, posé à même le sol dans l’église Saint-Melaine quand celle-ci servait de cathédrale, puis démonté et stocké dans les combles du palais épiscopal. Monseigneur Brossay-Saint-Marc a même envisagé de le vendre aux enchères avant de le mettre finalement en place dans la chapelle Saint-Melaine de la cathédrale en 1872. Plusieurs éléments sont volés au XIXème siècle et au XXème siècle. Une vitrine le protège à partir de 1975. Après une longue enquête qui a permis de retrouver certains de ses reliefs dans les musées de Cluny et de Riom, et une restauration, réalisée par le centre régional de Vesoul, il est mis en valeur dans la nouvelle salle du trésor qui reprend l’esprit du monument du XIXème siècle, période à laquelle a été constitué le trésor de la cathédrale. Une vidéo permet d’ailleurs de suivre les différentes étapes de sa restauration et des longues-vues seront installées prochainement pour l’observer dans les moindres détails.

Cathédrale Saint-Pierre
Cathédrale Saint-Pierre

La salle du trésor recèle également d’autres éléments remarquables exposés dans des vitrines : orfèvrerie, croix de procession, ciboires, encensoir en cristal de roche, vêtements liturgiques, calice en or donné par le pape Pie IX. Autant d’éléments constituant une « chapelle », le nécessaire de l‘évêque pour célébrer le culte. Beaucoup de ces objets exposés ont été commandés par Brossay-Saint-Marc, on y retrouve ainsi ses armoiries ornées d’un pélican. Ce personnage essentiel dans l’histoire de la cathédrale a marqué de son empreinte le monument. Il s’est même fait représenter sur certains vitraux. Le passage par la salle du trésor est donc à faire si vous visitez la cathédrale, une visite pour comprendre pourquoi son histoire et son style sont si uniques.

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