La rue de Penhoët dans le vieux-Rennes

Il était une fois… la rue de Penhoët

Une ruelle qui a porté des noms évocateurs

Elle fait le lien entre la Place Sainte-Anne et la rue de la Soif en décrivant un coude à angle droit… Bienvenue dans la rue de Penhoët, une ruelle qui n’a pas toujours porté ce nom et qui traîne une sulfureuse réputation.

Les Rennais la connaissent bien, certains l’empruntent pour contourner la rue Saint-Michel (« la rue de la soif ») et rejoindre la Place des Lices depuis la station de métro Sainte-Anne. C’est une jolie ruelle du centre historique avec de belles adresses pour les gourmands et des traditionnelles façades à pans de bois : vous voilà dans la rue de Penhoët.

Appelée autrefois « rue de la fracasserie »…

Depuis 1903, elle porte le nom de Guillaume de Penhoët, le capitaine qui commandait Rennes pendant le siège de la ville par les Anglais entre 1356 et 1357. Voilà qui ne nous rajeunit pas ! Mais autrefois, cette rue avait un autre nom, bien plus parlant : la rue de la fracasserie.

« Elle était habitée par des serruriers et des forgerons qui faisaient un fracas continuel » raconte Gilles Brohan animateur du patrimoine de Destination Rennes. Il était courant en effet que les corporations et les métiers se regroupent dans certaines rues et quartiers. C’était le cas également des foulons (les fabricants de draps) qui ont donné leur nom à une rue voisine du centre historique : la rue Pont aux foulons. L’activité des forgerons a d’ailleurs perduré longtemps dans la rue : en témoigne la boutique de design In-Ty installée dans un ancien atelier de forgeron, encore actif au XXème siècle.

… et rue de la poulaillerie

La partie Est-ouest qui mène à la place Saint-Michel était quant à elle dénommée « rue de la poulaillerie » en raison de la présence d’un marché aux volailles. Entre le caquètement des gallinacés et le fracas des marteaux sur les enclumes, on devait avoir du mal à s’entendre dans cette rue du vieux-Rennes !

Au numéro 10, la maison la plus étroite de Rennes

Parmi les autres éléments de patrimoine à observer, les maisons à pans de bois, dont certaines ont échappé à l’incendie de 1720, sont assez remarquables. Le saviez-vous ? Au numéro 10 se trouve la maison la plus étroite de Rennes, seulement 2 mètres de large et sa voisine n’est pas tellement plus grande. De drôles de maisons miniatures qui datent du XVIIème siècle.

Un théâtre et des maisons closes

La rue a aussi longtemps abrité le principal théâtre de Rennes. Au numéro 16, en lieu et place de l’actuel commissariat de police, se tenait en effet un jeu de paume. « Dès 1598 le jeu de paume de la Fraconnassière accueille des spectacles, il devient le jeu de paume du cygne en 1659 avant d’être définitivement transformé en salle de théâtre en 1797 » explique Gilles Brohan. A partir de cette époque elle prend le nom de la salle de la Poulaillerie, avec une entrée dédiée aux spectateurs rue du Champ-Jacquet et une entrée des artistes, rue de la poulaillerie. La salle de spectacle a ensuite été abandonnée avec l’ouverture de l’opéra en 1836, une salle enfin à la mesure de la ville.

Mais la rue n’a pour autant retrouvé son calme. Elle était très animée, avec notamment « l’auberge des 3 entonnoirs » où les clients ne devaient pas mettre à côté, comme on dit dans les campagnes bretonnes. La rue était aussi réputée pour ses établissements discrets où les hommes venaient rendre visite à des « femmes de mœurs légères ». C’est d’ailleurs ce qui a conduit à son changement de nom suite à une pétition en 1903. Une manière de faire oublier la mauvaise réputation de la rue de la Poulaillerie…

Aujourd’hui, la rue est bien plus calme. Les rez-de-chaussée sont occupés par de nombreux commerces, bars et restaurants : la crêperie la Rozell notamment qui offre une belle terrasse sur l’arrière-cour, PoutineBros référence mondiale pour la spécialité québécoise mais aussi des restaurants de spécialités libanaises et asiatiques installés dans ce qui était auparavant de petites échoppes. Certaines sont en cours de rénovation ou fermées et des hermines curieuses veillent sur les vitrines en attendant leur réouverture. Une initiative qui porte le nom de « Bonne Kozh ». Ouvrez l’œil la prochaine fois que vous passerez par la rue de Penhoët !

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